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11 Septembre 2026

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Culture

À Banyalbufar, KOSMOS réinvente une maison de village en réutilisant ses matériaux

L'agence KOSMOS Architects et Blanca Gardelegui transforment une maison de village à Banyalbufar, à Majorque, en un projet de réemploi où tuiles cassées, portes anciennes et objets détournés deviennent les matériaux principaux d'une rénovation singulière.

Anaïs Aubert 5 min Designboom

Sur les pentes abruptes de Banyalbufar, dans la Serra de Tramuntana à Majorque, une maison de village traditionnelle vient de connaître une transformation qui doit autant à la contrainte qu'à la créativité. L'agence KOSMOS Architects, associée à Blanca Gardelegui, a livré Can Amor de la Isla, une résidence familiale où le réemploi des matériaux existants et des objets trouvés sur place constitue le cœur du projet. Loin d'une simple rénovation, l'intervention propose une réflexion sur ce que l'architecture peut faire avec ce qui est déjà là.

Le village de Banyalbufar est façonné par un relief difficile. Les maisons s'accrochent à la colline entre la montagne et la mer, reliées par d'étroits passages piétonniers et des escaliers. Dans ce contexte, acheminer des matériaux de construction relève du défi, et les méthodes conventionnelles deviennent particulièrement lourdes. Pour Can Amor de la Isla, cette difficulté a été transformée en principe de conception : réparer l'existant plutôt que le remplacer, et donner une seconde vie à ce qui aurait été jeté.

Les architectes ont commencé par observer attentivement ce que la maison contenait déjà. Tuiles cassées, vieille porte en bois, tuiles de toiture, entonnoirs à huile, plaque d'égout abandonnée, bouchons d'acier à béton : chaque élément a été réexaminé pour son potentiel. Les fenêtres et les façades existantes ont été réparées, préservant les traces de la vie antérieure du bâtiment. À l'intérieur, les carreaux de céramique brisés ont été découpés et recomposés en une grande surface de terrazzo, où l'irrégularité des fragments reste visible. Une porte en bois existante, coupée en deux, est devenue une porte pliante mieux adaptée à l'espace compact.

Le réemploi se poursuit dans les détails les plus modestes. Des entonnoirs à huile servent de lampes, des tuiles de toiture en céramique deviennent des abat-jours, et une plaque d'égout en fonte abandonnée forme la base de la cuisinière. Des bouchons de rebar font office de poignées de porte. Dans la cuisine, des rideaux à chaînes méditerranéens remplacent les portes pleines pour masquer les appareils et le rangement, gardant l'espace visuellement ouvert tout en intégrant un élément local familier. La peinture constitue le principal matériau nouveau : les architectes l'utilisent pour redessiner les pièces existantes et établir de nouvelles relations entre les espaces.

Parmi les rares ajouts neufs figure une poulie fixée à la façade. Installée pour monter les matériaux et les provisions à travers cette maison étroite et verticale, elle répond à une nécessité pratique. Une lumière sphérique placée au-dessus lui donne une seconde fonction : la nuit, elle rend la poulie visible depuis le village et la mer, transformant un équipement utilitaire en un petit repère sur la façade. Cette approche résume l'ensemble du projet : réparer, adapter, détourner, sans effacer ce qui précède.

Can Amor de la Isla conserve ainsi ses murs en pierre, sa porte en bois et ses volets verts à l'entrée. Un petit palier combine carreaux de terre cuite, portes colorées et éléments en bois réutilisés. La cuisine associe surfaces blanches, poutres apparentes et une enceinte en maille métallique qui dissimule le rangement. Une poignée rose vif apporte une touche contemporaine, tandis qu'un lit et des meubles en bois existants reposent sur un sol peint en bleu. Un porte-manteau en fer forgé a été conservé, et des crochets réutilisés retiennent les objets du quotidien sur les murs chaulés. Dans la salle de bains, les tons chauds, les poutres exposées et des équipements simples composent un espace intime, tandis qu'une autre salle de bains joue sur un bleu profond, du sol aux murs, en combinant une porte en bois existante et des éléments réaffectés.

Le résultat est une maison qui change sans perdre les traces de ce qu'elle a été. Les matériaux d'origine restent visibles, aux côtés de pièces coupées, réparées, détournées ou investies d'une fonction entièrement nouvelle. L'isolement du site a fait du réemploi une nécessité pratique, mais il a aussi donné au projet son caractère. Can Amor de la Isla montre qu'une rénovation peut être à la fois économique en moyens et riche en expression, en travaillant avec ce que le lieu offre déjà.

Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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