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Cortex

30 Septembre 2026

Culture

Anrealage transforme la mode en écran avec des robes à encre électronique

Pour sa collection Skin présentée à Paris, le créateur japonais Kunihiko Morinaga habille ses robes de milliers de panneaux d'encre électronique, faisant du vêtement une surface numérique changeante.

Bastien Perrin 4 min Designboom

Kunihiko Morinaga, fondateur de la maison japonaise Anrealage, a présenté à Paris une collection qui repousse les frontières entre textile et technologie. Intitulée Skin, celle-ci a défilé à la Maison de la Radio et de la Musique dans le cadre de la Fashion Week parisienne. Le créateur y explore l'idée d'un vêtement capable de muer, de se régénérer et de changer d'apparence, à la manière d'une peau numérique.

Le point d'orgue du défilé repose sur six robes de cocktail et de soirée à l'allure d'armures, recouvertes de 1 000 à 2 000 écailles de papier électronique contrôlées individuellement. Contrairement aux LED, ces éléments ne produisent pas de lumière : c'est le papier électronique lui-même qui change de couleur, permettant à des pigments et des motifs de voyager sur le corps avant de s'effacer en gris et de se recomposer en de nouvelles configurations. Sous cette surface décorative se cache un réseau dense de câblage reliant chaque module, dont l'organisation est assistée par un système de cartographie recourant à l'intelligence artificielle.

La collection ne se limite pas à cette prouesse électronique. Anrealage décline également des combinaisons seconde peau ornées de graphismes pixelisés et de trompe-l'œil de vêtements familiers, où des formes festonnées se détachent progressivement de l'impression pour devenir des écailles physiques. Le daim synthétique Ultrasuede de Toray côtoie des éléments translucides réalisés en papier washi japonais, faisant osciller les pièces entre tissu, image graphique et interface technique. Ces surfaces superposées renvoient aux chromatophores, ces cellules pigmentaires présentes chez les organismes vivants, transformant la biologie en système visuel.

Une autre technologie, moins spectaculaire mais tout aussi innovante, complète le propos. Le système d'impression textile FOREARTH de Kyocera, avec lequel Anrealage collabore depuis plusieurs saisons, utilise des encres pigmentaires à base d'eau et réduit considérablement la consommation d'eau liée à l'impression textile traditionnelle. Selon Kyocera, ce procédé consomme 0,02 litre d'eau par kilogramme de tissu, entretien compris, tout en permettant une impression haute définition sur coton, soie, polyester et nylon. Pour Morinaga, l'impression devient ainsi une autre manière de programmer la surface du vêtement.

Le finale du défilé ramène le camouflage numérique à base de LED exploré lors de la saison précédente, désormais traversé de couleurs ardentes en référence au Phénix d'Osamu Tezuka, symbole récurrent de renaissance dans Skin. La proposition de la collection devient alors littérale : des vêtements capables de se comporter comme une troisième peau, ni tout à fait textile ni tout à fait écran, changeant d'identité visuelle sans modifier la personne qui les porte.

Après plus de vingt ans d'expérimentations d'Anrealage autour de la réflexion, de la lumière, de la forme et des effets numériques, la vision de Morinaga ne se résume pas à un nouveau gadget portable. C'est le vêtement lui-même qui devient l'appareil, une surface adaptative où la mode et la technologie fusionnent pour interroger notre rapport à l'image et à l'identité.

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Bastien Perrin

Auteur

Analyste économie

Bastien Perrin couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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