Le concert de la DJ Barbara Butch, figure emblématique des nuits parisiennes LGBTQ+ et participante à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, a été brutalement interrompu samedi soir à Grenoble. Alors qu'elle se produisait dans le cadre du festival Cabaret Frappé, un événement organisé par la Ville depuis vingt-cinq ans, environ 150 militants propalestiniens ont envahi les abords de la scène, brandissant des banderoles et des drapeaux palestiniens, tout en sifflant et en insultant l'artiste. Selon un responsable de la programmation du festival cité par l'AFP, les manifestants ont également lancé des bouteilles en verre et d'autres projectiles en direction de la scène, visant délibérément l'artiste.

La mairie de Grenoble a rapidement réagi, dénonçant une « agression intolérable en plein spectacle ». Dans un communiqué, elle a indiqué avoir pris la décision de suspendre le concert après une vingtaine de minutes, « face aux menaces visant l'artiste Barbara Butch, et afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l'ensemble des personnes présentes ». Barbara Butch a quitté la scène sur la chanson « Imagine » de John Lennon, symbole de paix et d'espoir, tandis que les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants agitant des drapeaux palestiniens et faisant retentir des sifflets.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a condamné ces violences « avec la plus grande fermeté » sur le réseau social X. « L'antisémitisme, les intimidations et les pressions n'ont pas leur place dans notre République. Empêcher une artiste de se produire est une atteinte inacceptable à la liberté d'expression », a-t-il écrit. Cette intervention ministérielle souligne la gravité de l'incident, qui intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la question israélo-palestinienne en France.

Depuis le mois de mai, le spectacle de Barbara Butch faisait l'objet d'un appel au boycott, notamment de la part de l'antenne grenobloise de La France insoumise (LFI). Les militants reprochaient à l'artiste juive d'avoir signé une tribune en soutien à la proposition de loi Yadan, un texte visant à « lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme » qui avait été présenté puis retiré au printemps. Cette proposition de loi, qui entendait élargir le délit d'apologie du terrorisme, avait été vivement critiquée par ses opposants, qui y voyaient un risque pour la liberté d'expression et un possible amalgame dangereux entre les Français juifs et Israël.

Barbara Butch, âgée de 45 ans, est une DJ et directrice artistique reconnue, notamment pour son engagement en faveur des droits LGBTQ+. Sa participation à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris en 2024 l'avait propulsée sur le devant de la scène médiatique. L'incident de Grenoble a suscité une vague d'indignation dans le monde culturel et politique, de nombreux responsables dénonçant une instrumentalisation politique de la culture et une montée de l'antisémitisme. La mairie de Grenoble a annoncé qu'elle allait porter plainte et a exprimé son soutien à l'artiste, tandis que le festival Cabaret Frappé a présenté ses excuses au public pour l'interruption du spectacle.

Cet événement ravive le débat sur les limites de la liberté d'expression et la place des artistes dans les conflits politiques. Il intervient dans un climat où les appels au boycott d'artistes israéliens ou perçus comme pro-israéliens se multiplient en France, souvent liés au conflit au Proche-Orient. Les autorités locales et nationales ont appelé à la retenue et au respect de la liberté de création, tout en condamnant fermement les violences. L'enquête est en cours pour identifier les auteurs des jets de projectiles et des insultes, et la Ville de Grenoble a promis de renforcer la sécurité lors des prochains événements culturels.

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Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex Luxe l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.