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Cortex

22 Septembre 2026

Culture

Formafantasma repense l'espace d'exposition en quête de tension

Le studio milanais et rotterdamois Formafantasma, fondé par Andrea Trimarchi et Simone Farresin, remet en question la neutralité du white cube et conçoit des scénographies où l'architecture dialogue avec les œuvres, comme à la Biennale de Diriyah 2026.

Anaïs Aubert 6 min Designboom

Pour Formafantasma, le design d'exposition ne consiste pas à habiller un espace mais à révéler les relations entre les œuvres, le bâtiment, l'institution et les visiteurs. Le studio fondé par Andrea Trimarchi et Simone Farresin, basé à Milan et Rotterdam, cherche ce qu'il appelle « la tension » : ces moments où les œuvres, l'architecture, l'idée curatoriale et les conventions d'accrochage ne s'alignent pas parfaitement. « Il n'y a pas de méthodologie fixe, parce que le design d'exposition est toujours relationnel », expliquent-ils.

Leur pratique, nourrie par la recherche sur les matériaux et la culture, s'applique à l'exposition avec la même curiosité. Recherche et conception avancent simultanément : le studio examine les œuvres, leur contexte matériel et historique, le lieu qui les accueillera et les habitudes de présentation, tout en testant murs, tissus, lignes de vue et autres manières d'organiser l'espace. « Une décision apparemment pragmatique, un mur, un tissu, une ligne de vue particulière, révèle une question conceptuelle qui devient centrale pour le projet », précisent-ils.

Cette méthode conduit Formafantasma à interroger l'une des conventions les plus ancrées de l'art contemporain : la neutralité du white cube. Le studio argue que sa familiarité ne le rend pas neutre pour autant. « Un mur en plâtre blanc n'est pas moins conçu qu'un mur en métal ou en textile », soulignent-ils. « Il est simplement devenu si familier dans l'art contemporain que nous avons cessé de le voir comme un choix. »

Leurs expositions de Caravaggio et Bernini au Rijksmuseum d'Amsterdam et de Mike Kelley au Moderna Museet illustrent cette approche variable. Pour Caravaggio et Bernini, ils se sont éloignés de l'obscurité et de l'éclairage théâtral associés à ces artistes, adoptant un langage plus proche du white cube. Avec Mike Kelley, ils ont fait presque l'inverse, mettant en avant le caractère industriel du musée par des panneaux métalliques. Dans les deux cas, l'architecture autour des œuvres fait partie de l'exposition, elle ne s'efface pas.

« La réponse ne peut donc pas précéder la question », expliquent Andrea Trimarchi et Simone Farresin. « Elle émerge d'un regard très attentif sur ce qui est déjà là. » L'objectif n'est pas de trouver un langage visuel unifiant, mais d'identifier la condition spatiale qui rendra les relations au sein d'une exposition plus lisibles ou plus complexes. D'où leur intérêt pour l'histoire de la présentation elle-même : pourquoi un mur ressemble à ce qu'il est, pourquoi l'information occupe une position donnée, pourquoi les visiteurs sont censés se déplacer ou s'asseoir d'une certaine manière, pourquoi certains matériaux paraissent neutres quand d'autres deviennent immédiatement visibles.

Cette articulation entre idée curatoriale et espace physique est manifeste dans leur travail pour la Biennale d'art contemporain de Diriyah 2026. Les curateurs Nora Razian et Sabih Ahmed réfléchissaient au mouvement, à la migration, à la transmission orale et aux formes de passage. Le site de la Biennale, dans le district JAX, offrait de très grands espaces industriels. Formafantasma y a introduit des cloisons textiles poreuses et des structures en bois qui établissent des limites sans couper un espace de l'autre. Les visiteurs pouvaient souvent percevoir une autre œuvre, une autre salle ou une présence à travers l'architecture. « L'idée curatoriale de mouvement n'était donc pas représentée symboliquement ; elle commençait à affecter le comportement des frontières elles-mêmes », soulignent-ils.

Plutôt que de traduire une idée en métaphore visuelle évidente, le studio laisse celle-ci influencer l'organisation physique de l'exposition. Le conceptuel et le pratique se développent ensemble, qu'il s'agisse de savoir si une œuvre supporte la lumière du jour, quelle séparation acoustique exige une pièce sonore, ce qui doit rester visible derrière une œuvre, où les visiteurs peuvent s'asseoir ou quelle quantité de matière introduire pour une exposition de quelques mois. « Les questions conceptuelles et techniques ne sont pas séparées pour nous », disent-ils. « L'exposition émerge de leur négociation. »

Le mouvement des visiteurs est un autre domaine où Formafantasma refuse le contrôle total. Lignes de vue, seuils, dissimulations et révélations influencent ce qui devient visible et quand, mais le studio se méfie de l'idée d'une chorégraphie où chaque visiteur suivrait une séquence imposée. Une position qui confirme, une fois encore, que pour Formafantasma, l'espace d'exposition n'est jamais un simple contenant mais un objet de recherche à part entière.

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Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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