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Culture

Gary Chang transforme un appartement de 32 m² à Hong Kong en 24 espaces de vie

L'architecte Gary Chang a transformé son appartement de 32 m² à Hong Kong en un espace modulable capable de prendre 24 configurations différentes grâce à des cloisons coulissantes et des éléments escamotables.

Adrien Delorme 6 min architecture archives | designboom | architecture & design magazine

L'architecte Gary Chang a transformé son appartement de 32 mètres carrés à Hong Kong en un espace de vie modulable capable de prendre jusqu'à 24 configurations différentes. Le projet, baptisé « Domestic Transformer », repose sur des cloisons coulissantes, des éléments escamotables et des rails fixés au plafond pour reprogrammer entièrement l'usage du logement au fil de la journée.

Chang a emménagé dans cet appartement en 1976, à l'âge de quatorze ans, partageant le logement avec ses parents, ses trois sœurs et un sous-locataire. L'espace était alors divisé en petites chambres, une cuisine, une salle de bains et un couloir de circulation. Sans chambre personnelle, le jeune homme dormait sur un banc en bois au centre du passage, après que le reste de la famille s'était couché. Cette expérience l'a conduit à remettre en question l'idée que les fonctions domestiques doivent occuper des pièces définitivement délimitées.

La pratique de l'architecte a développé cette réflexion à travers plusieurs versions successives de l'appartement. L'espace est passé d'un agencement cellulaire d'origine à un plan ouvert expérimental, puis à une version utilisant des rideaux comme séparations, avant d'atteindre la version mécanisée du Domestic Transformer achevée en 2007.

Le système concentre les services et le stockage autour du périmètre de l'appartement, laissant une zone centrale flexible qui peut être reconfigurée à volonté. Les principales cloisons coulissantes sont suspendues à des rails en acier fixés au plafond en béton, ce qui maintient le sol dégagé et permet aux murs de stockage de se déplacer avec un effort relativement limité. Ces murs portent une grande partie du contenu de l'appartement, notamment les appareils électroménagers, les vêtements et les équipements multimédias, de sorte que déplacer une cloison modifie également ce qui est accessible dans l'espace.

Des panneaux légers en aluminium en nid d'abeille sont utilisés pour les comptoirs et plans de travail déployables, tandis qu'un lit hydraulique se replie pour révéler l'espace de vie. Les surfaces en miroir et les finitions métalliques créent l'impression que les limites de l'appartement se déplacent constamment, réfléchissant la lumière et donnant à l'intérieur compact une apparence moins figée. Parmi les configurations possibles figurent une grande cuisine, une chambre principale, un espace d'accueil pour invités, un spa, un cinéma avec hamac, une salle à manger fermée, un dressing et un studio ouvert.

Les transformations sont particulièrement révélatrices car elles démontrent que le projet n'est pas organisé autour d'une hiérarchie entre fonctions domestiques « essentielles » et « non essentielles ». L'appartement accueille des équipements normalement associés à un logement nettement plus vaste, notamment le bain, la réception, les médias, le stockage, le travail et les invités de passage. Lorsque le lit est déployé, la zone centrale devient une chambre à coucher. Lorsqu'il est replié, le même sol redevient un espace de vie. Le déplacement des cloisons de stockage peut créer une cuisine plus fermée ou ouvrir l'appartement en un studio continu.

La flexibilité s'étend au-delà des murs et du mobilier. Un écran motorisé contrôle la quantité de lumière du jour entrant par la fenêtre, tandis qu'un vitrage teinté jaune donne à l'intérieur une apparence plus chaleureuse lorsque l'écran est rétracté. L'intervention modifie l'atmosphère de la pièce ainsi que sa configuration physique, utilisant la lumière pour altérer la perception de l'intérieur compact. L'acoustique pose toutefois un problème plus délicat. Les cloisons mobiles nécessitent un espace suffisant pour coulisser librement, ce qui rend difficile l'obtention des joints étanches associés aux murs conventionnels. Chang répond en intégrant une isolation acoustique dans la zone humide, où la douche vapeur fermée peut également servir d'espace privé pour passer des appels téléphoniques.

L'approche de Chang s'inscrit dans une histoire plus longue de l'architecture qui interroge la permanence de la pièce. La maison Schröder de Gerrit Rietveld, datant de 1924, utilisait des cloisons coulissantes pour modifier ses limites intérieures, tandis que le système de lit mural de William L. Murphy démontrait comment le sommeil pouvait être intégré dans un appartement d'une seule pièce. Les écrans fusuma et shoji japonais offrent un autre précédent d'intérieurs dont les limites peuvent changer selon l'usage. Chang s'inspire également d'une référence plus immédiate de Hong Kong : les vendeurs ambulants de la rue. Leurs étals s'étendent pendant les périodes d'activité et se contractent lorsqu'ils ne sont plus nécessaires, transformant un espace physique limité en un environnement de travail flexible.

Adrien Delorme

Auteur

Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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