Herbert Brandl signe le rideau de sécurité de l'Opéra de Vienne pour 2026
Le peintre autrichien Herbert Brandl a été choisi pour réaliser le rideau de sécurité de l'Opéra d'État de Vienne pour la saison 2026/2027, poursuivant une série qui invite l'art contemporain sur la scène lyrique depuis près de trente ans.
Le peintre autrichien Herbert Brandl a été désigné pour concevoir le rideau de sécurité de l'Opéra d'État de Vienne pour la saison 2026/2027. Cette commande s'inscrit dans le cadre du programme Safety Curtain, mené depuis près de trois décennies par l'association museum in progress et l'institution lyrique viennoise. Le jury, composé de Daniel Birnbaum, Bice Curiger et Hans-Ulrich Obrist, a porté son choix sur l'artiste, qui succède ainsi à une longue lignée de créateurs contemporains invités à investir ce dispositif scénique singulier.
Le rideau de sécurité est, à l'origine, l'épais rempart qui sépare la scène de la salle en cas d'incendie. Sa forme rectangulaire évoque un cadre ou une toile tendue, ce qui a conduit museum in progress à y voir un espace d'exposition inattendu. Depuis la saison 1998/1999, ce support accueille chaque année une œuvre monumentale, visible avant la représentation, pendant l'entracte et après la fermeture du rideau. Le public dispose ainsi de trois moments pour contempler la création, qui reste en place du début de l'automne jusqu'à l'été suivant.
Pour cette édition, Herbert Brandl a réalisé une composition bleue et blanche de grand format. La conservatrice Cathérine Hug y décèle une référence à l'exploration spatiale et à la célèbre image de la « bille bleue », la Terre photographiée depuis l'espace. Elle évoque l'« effet de survol », ce changement de perspective qui permet, selon elle, de réfléchir collectivement à la fragilité de la vie. Les volutes blanches qui traversent la toile traduisent cette vision cosmique, en résonance avec les préoccupations écologiques contemporaines.
La série Safety Curtain a accueilli des figures majeures de l'art contemporain. L'Américaine Kara Walker a inauguré le programme avec une installation qui convoquait l'histoire de l'esclavage et les spectacles de ménestrels du XIXe siècle. D'autres artistes comme Anselm Kiefer, Joan Jonas, Pipilotti Rist, Cao Fei, Rirkrit Tiravanija ou David Hockney ont tour à tour réinterprété ce cadre scénique. En 2012, David Hockney a ainsi créé une œuvre sur iPad représentant un théâtre dans le théâtre, avec l'inscription « Wien Musik » dansant sur des géométries colorées.
Dans un essai consacré au projet, la critique Bice Curiger souligne que le rideau de sécurité occupe une position comparable à celle du « quatrième mur », cette frontière symbolique entre spectateurs et comédiens. Elle rappelle que les conditions de réception sont particulières : le public est souvent distrait avant le lever de rideau, et l'œuvre doit néanmoins faire passer son message auprès d'une audience hétérogène. C'est précisément ce défi qui fait la richesse de l'entreprise, selon elle, car il oblige les artistes à composer avec une monumentalité non autoritaire et peu conventionnelle.
Avec cette nouvelle commande, l'Opéra d'État de Vienne confirme sa volonté de faire dialoguer arts visuels et arts vivants. Le rideau de Herbert Brandl sera dévoilé au public à partir de la saison 2026/2027, offrant aux spectateurs une expérience esthétique qui se déploie au rythme des représentations lyriques. Ce projet rappelle que l'opéra, lieu de tradition s'il en est, demeure un espace ouvert à la création contemporaine et à ses questionnements sur le monde.
