La brosse à dents en acier chirurgical qui veut remplacer le jetable
Le designer suisse Julien Bernard lance la Berninox 316, une brosse à dents à manche en acier inoxydable chirurgical et tête remplaçable en plastique recyclé, pensée pour durer des années.
Et si la brosse à dents cessait d'être un objet jetable ? C'est le pari du designer suisse Julien Bernard avec la Berninox 316, une brosse à dents dont le manche est fabriqué en acier inoxydable chirurgical 316L, le même alliage que celui utilisé pour les instruments médicaux. La tête, elle, est amovible et fabriquée à partir de plastique recyclé provenant des océans. Lorsque les poils s'usent, on ne jette plus l'ensemble : on déclippe la tête et on en emboîte une neuve.
Le système de fixation, pour lequel un brevet est en attente, constitue le cœur du dispositif. L'enjeu technique est de taille : la tête doit rester parfaitement stable pendant le brossage tout en se détachant facilement lors du remplacement. Un équilibre délicat, comparable à celui des têtes de rasoir interchangeables, dont les utilisateurs connaissent bien les désagréments lorsqu'elles bougent ou se détachent au mauvais moment. C'est ce travail d'ingénierie discret, invisible au premier regard, qui conditionne la durabilité réelle du produit.
Le projet ne se présente pas uniquement comme un geste écologique. La marque affirme avoir collaboré avec des professionnels du secteur dentaire durant le développement, afin de ne pas sacrifier l'efficacité du brossage sur l'autel de la durabilité. Trop d'objets dits « éco-responsables » mettent en avant leur histoire environnementale au détriment de leur fonction première. Berninox semble avoir voulu construire les deux arguments simultanément.
Le détail du plastique océanique ajoute une dimension supplémentaire. Les têtes sont produites en partenariat avec une initiative suisse qui collecte des déchets plastiques en Asie du Sud-Est avant qu'ils n'atteignent la mer. Le volume concerné reste modeste à l'échelle de la pollution plastique mondiale, mais l'intention est ailleurs : démontrer qu'un objet du quotidien, aussi banal qu'une brosse à dents, peut porter une histoire plus grande si l'on prend la peine de la concevoir autrement.
Le manche en acier inoxydable peut passer au lave-vaisselle ou être stérilisé à la vapeur. Au-delà de l'aspect hygiénique, c'est un signe que les concepteurs ont pensé au comportement de l'objet dans la vie réelle, et non seulement à son apparence sur une étagère. Un tel objet s'adresse à ceux qui collectionnent déjà les montres, les stylos ou les ustensiles de cuisine de qualité, et qui aspirent à des biens durables plutôt qu'à des produits conçus pour être éliminés.
Vendue autour de quarante dollars, la Berninox 316 ne convaincra pas tout le monde. Beaucoup continueront d'acheter leurs brosses à dents en lot dans les pharmacies, et c'est légitime. Mais le geste de conception est là : sans exiger de changer ses habitudes, il modifie simplement ce qui advient de l'objet une fois les poils usés. Une invitation discrète à reconsidérer ce qui se trouve dans nos salles de bains.
