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9 Septembre 2026

Kungsleden

Culture

La Präststigen, le chemin de pèlerinage le plus sauvage d'Europe, traverse les montagnes du nord-ouest de la Suède

Un sentier de 60 kilomètres relie Kvikkjokk à la chapelle d'Alkavare, édifiée en 1788 au cœur des terres samies. Chaque dernier week-end de juillet, randonneurs et pèlerins peuvent assister à l'office célébré par un prêtre venu spécialement pour l'occasion.

Anaïs Aubert 4 min Travel | The Guardian

Au cœur des terres samies, dans le nord-ouest de la Suède, un sentier de 60 kilomètres mène à une chapelle isolée construite en 1788. La Präststigen, ou « sentier des prêtres », relie Kvikkjokk à l'édifice religieux d'Alkavare et pourrait bien être la route de pèlerinage la plus sauvage d'Europe, mais aussi l'une des plus spectaculaires du continent.

Le chemin suit l'itinéraire qu'empruntaient autrefois les ecclésiastiques pour rejoindre la chapelle et y célébrer un office chaque été. Aujourd'hui, lors du dernier week-end de juillet, les randonneurs aguerris et les pèlerins persévérants peuvent assister à cette même cérémonie, perpétuant une tradition vieille de plus de deux siècles.

Le cadre de cette expérience spirituelle est pour le moins singulier. La chapelle d'Alkavare, bâtie en pierre sèche et isolée avec du poil de renne, doit faire face aux rafales du vent arctique qui s'engouffrent par les interstices des murs. À l'intérieur, les bougies vacillent dans leurs appliques en laiton tandis que l'assemblée, vêtue d'imperméables et de chaussures de marche, tente de se réchauffer sur le sol en dalles de pierre.

Le prêtre qui officie, Mogens Amstrup Jacobsen, incarne lui-même cette rencontre entre le sacré et l'aventure. Sous sa veste de pluie noire, il révèle son col romain, comme pour signifier que la foi n'exige pas de renoncer aux équipements techniques modernes. Les fidèles, eux, semblent davantage membres d'une expédition que d'une congrégation traditionnelle, assis sur les bancs de bois bas dans un mélange de piété et de défi face aux éléments.

Ce pèlerinage singulier s'inscrit dans un mouvement plus large de redécouverte des chemins de foi nordiques. Alors que les grandes routes de pèlerinage européennes, comme celles de Saint-Jacques-de-Compostelle, attirent des foules toujours plus nombreuses, la Präststigen offre une alternative radicalement différente : un tête-à-tête avec une nature grandiose et une spiritualité dépouillée, loin des infrastructures touristiques.

Pour les marcheurs qui s'y engagent, la récompense est double. D'une part, la traversée de paysages parmi les plus saisissants de Suède, entre montagnes, rivières et plateaux balayés par les vents. D'autre part, l'aboutissement du chemin dans cette chapelle perdue, où la liturgie prend une dimension particulière, célébrée dans un lieu qui n'a guère changé depuis sa construction il y a près de deux cent quarante ans.

L'expérience, toutefois, n'est pas à la portée de tous. Le sentier exige une bonne condition physique et une préparation sérieuse, comme en témoigne l'anecdote du marcheur qui confie avoir changé de sous-vêtements pour la première fois depuis plusieurs jours avant d'entrer dans la chapelle, et s'être lavé avec des lingettes pour bébés. Un détail qui en dit long sur les conditions rustiques de ce pèlerinage hors normes, où la rencontre avec le sacré se mérite au prix d'un certain renoncement au confort moderne.

Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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