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Cortex

16 Octobre 2026

Culture

Le goût à l'ère de l'hyper-curation : quatre créatifs londoniens débattent

Alors que l'hyper-curation envahit nos intérieurs et nos flux, quatre figures créatives de Londres interrogent la survie du goût personnel et la place de l'erreur dans la création contemporaine.

Anaïs Aubert 5 min Livingetc

Le goût serait-il devenu une simple affaire de curation algorithmique ? C'est la question que pose une enquête menée auprès de quatre créatifs londoniens, qui décryptent notre obsession pour l'hyper-curation et ses effets sur la création contemporaine. Loin de se dérober, ils livrent des réponses sans détour, entre lassitude face aux esthétiques standardisées et défense d'une subjectivité assumée.

L'hyper-curation désigne cette tendance à tout sélectionner, organiser et présenter selon des codes visuels précis, jusqu'à transformer nos intérieurs, nos garde-robes et nos flux numériques en vitrines parfaitement calibrées. Pour ces créatifs, le phénomène n'est pas anodin : il uniformise les sensibilités, érige la cohérence en impératif et laisse peu de place à l'accident, à l'intuition ou au mauvais goût revendiqué.

Interrogés sur la mort supposée du goût, les quatre professionnels ne cèdent ni au nostalgisme ni au catastrophisme. Ils décrivent plutôt un déplacement : le goût ne disparaît pas, il se déplace vers d'autres lieux, d'autres gestes, d'autres manières de regarder. Là où l'hyper-curation impose un vocabulaire visuel mondialisé, certains créateurs revendiquent au contraire la friction, l'impureté et l'erreur comme moteurs de renouvellement.

Cette conversation s'inscrit dans un contexte plus large de saturation esthétique. Les plateformes sociales ont accéléré la circulation des références, mais elles ont aussi brouillé la frontière entre inspiration et imitation. Les intérieurs, en particulier, sont devenus le théâtre de cette tension : on y empile des objets signés, on y compose des scènes, on y met en scène un mode de vie plus qu'on ne l'habite. Le résultat, selon ces voix londoniennes, est souvent une beauté sans aspérité, une élégance qui ne raconte plus rien.

Pourtant, aucun des intervenants ne condamne la curation en soi. Le problème, soulignent-ils, n'est pas de choisir, mais de choisir selon des critères imposés, de peur de déplaire ou de sortir du cadre. La véritable curation, celle qui a du sens, suppose une intention, une histoire, une part d'ombre. Elle exige de renoncer à la perfection pour retrouver une forme de vérité.

La question du goût touche ainsi à des enjeux qui dépassent l'esthétique : elle engage notre rapport à l'argent, au statut, à l'appartenance et à la singularité. Dans une époque qui valorise la cohérence et la performance visuelle, affirmer ses préférences devient un acte presque politique. Les créatifs interrogés le formulent clairement : le goût n'est pas une donnée objective, c'est une construction, une négociation permanente entre influences, héritages et désirs personnels.

Leur diagnostic rejoint une préoccupation plus vaste sur la place de l'artiste et du designer dans un écosystème saturé d'images. Comment émerger quand tout est déjà référencé, déjà stylisé, déjà partagé ? La réponse, esquissée en filigrane, tient à la capacité de ralentir, d'observer, de laisser entrer le hasard. C'est souvent dans les interstices, les ratés et les obsessions intimes que naît une écriture visuelle reconnaissable.

À l'heure où les intérieurs se ressemblent et où les tendances se propagent en quelques heures, l'enjeu n'est donc pas de sauver un canon esthétique, mais de préserver un espace de liberté. Le goût, s'il n'est pas mort, se trouve peut-être simplement déplacé : moins dans les objets que dans le regard que l'on porte sur eux, moins dans la conformité que dans l'écart assumé.

Cette réflexion résonne particulièrement dans le domaine de l'art de vivre, où la curation est devenue un métier, un argument commercial et parfois une esthétique par défaut. Les créatifs londoniens rencontrés ne proposent pas de recette, mais une posture : assumer ses choix, cultiver la lenteur, accepter l'imperfection. Une manière de rappeler que le goût, avant d'être un signe extérieur, reste une affaire profondément personnelle.

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Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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