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13 Octobre 2026

Culture

Le kogei, ou l'art japonais de l'objet utile qui élève le regard

Le kogei, savoir-faire japonais qui unit fonction et beauté, inspire aujourd'hui architectes et décorateurs en quête d'intérieurs apaisés, à l'image du studio londonien Yoko Kloeden Design.

Bastien Perrin 4 min Livingetc

Le kogei désigne au Japon un artisanat d'art où l'objet du quotidien atteint une qualité esthétique qui le rapproche de l'œuvre. Bols, textiles, pièces de bois ou de laque : ces créations ne sont pas conçues pour être exposées derrière une vitrine, mais pour être utilisées, touchées, transmises. Cette idée, longtemps portée par les artisans et les maisons de thé, trouve aujourd'hui un écho nouveau chez les architectes d'intérieur et les amateurs de décoration.

À Londres, le studio Yoko Kloeden Design a fait de cette philosophie le socle de son travail. Fondé en 2016 par Yoko Kloeden, architecte d'intérieur formée d'abord à la finance et au commerce, le studio conçoit des espaces présentés comme des sanctuaires, où les éléments naturels et les lignes sobres se répondent. Yoko Kloeden a grandi à Kyoto, où elle a fréquenté les jardins de temples et développé un rapport intime à la nature et au calme. Son parcours professionnel, marqué par de nombreux voyages en Asie, en Amérique du Nord et en Europe, l'a confrontée à des environnements impersonnels — salons d'aéroports, chambres d'hôtel sans âme — qui ont nourri sa volonté de créer des intérieurs ancrés dans la paix et le sens.

Le studio a formalisé cette approche autour du principe japonais du yugen, cette impression de présence profonde et de paix que dégage une beauté discrète. Cinq principes guident désormais ses projets : hikari, la lumière ; nagame, la vue ; ma, l'espace ou l'intervalle ; shizen, la nature ; et taru o shiru, l'idée que le suffisant suffit, souvent traduite par « moins, c'est plus ». Ces notions ne relèvent pas de la seule esthétique : elles organisent la manière dont un lieu se traverse, respire et accueille ses occupants.

L'engouement pour le kogei s'inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation des savoir-faire. Là où le design industriel privilégie la série et la standardisation, l'artisanat d'art japonais valorise la variation, la trace de la main, l'imperfection maîtrisée. Les objets gagnent en patine avec le temps, et leur valeur tient autant à leur usage qu'à leur présence visuelle. Pour les intérieurs contemporains, cela se traduit par des pièces choisies avec soin plutôt que multipliées : un vase, un plateau, un luminaire en papier, dont la matière dialogue avec la lumière naturelle.

Cette approche rejoint une préoccupation croissante pour le bien-être dans l'habitat. Les espaces conçus selon ces principes cherchent moins à impressionner qu'à apaiser. La lumière y est filtrée, les vues cadrées, les circulations pensées comme des respirations. Le studio Yoko Kloeden Design applique cette méthode à des projets privés et commerciaux, en associant architecture et décoration, avec l'ambition affichée d'apporter équilibre, beauté et mieux-être à ceux qui vivent dans ces lieux.

Le kogei ne se réduit donc pas à une catégorie de collectionneurs. Il propose une autre manière d'habiter : entourer d'objets qui ont une raison d'être, accepter que le beau serve d'abord à vivre mieux. Une leçon de sobriété qui trouve un écho particulier dans les intérieurs occidentaux, souvent saturés d'objets et de sollicitations visuelles.

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Bastien Perrin

Auteur

Analyste économie

Bastien Perrin couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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