Menokin, la maison de 1769 restaurée à la manière du kintsugi
La Menokin Foundation restaure une demeure historique de Virginie en remplaçant les pierres manquantes par du verre, une approche architecturale inspirée du kintsugi japonais.
Dans les bois de Warsaw, en Virginie, à l'écart de Richmond, une ruine de pierre oubliée fait l'objet d'un projet de restauration hors norme. Menokin, maison construite en 1769 par Francis Lightfoot Lee, signataire de la Déclaration d'indépendance, est patiemment relevée selon un principe emprunté à l'art japonais du kintsugi : mettre en valeur les blessures d'un objet plutôt que de les dissimuler.
L'histoire du bâtiment est celle d'une lente dégradation. Abandonné après un ouragan dans les années 1930, le domaine attire dans les années 1960 des étudiants en quête d'un lieu de fête, sans qu'ils soupçonnent l'ancienneté de la structure. Celle-ci est plus vieille que les États-Unis. Une nouvelle dégradation majeure survient dans les années 1970 : la maison, alors âgée de plus de deux siècles, subit un effondrement structurel. Il faut attendre les années 1990 pour qu'un groupe de défenseurs du patrimoine fonde la Menokin Foundation, une organisation à but non lucratif destinée à collecter des fonds et à sauver l'édifice.
Le financement nécessaire n'est réuni que dans les années 2000, permettant enfin d'élaborer un plan. Les architectes du patrimoine Charles Phillips et John Lee proposent alors une idée radicale : remplacer les parties manquantes de la maison non par de la maçonnerie, mais par du verre. Le principe, validé par la fondation, transpose à l'échelle architecturale la logique du kintsugi, qui répare la céramique brisée avec de l'or en rendant la fracture visible. En 2013, le cabinet d'architecture Machado Silvetti, basé à Boston, remporte le concours pour concevoir la construction. Les travaux ne débutent toutefois qu'en 2020, signe de la lenteur propre aux chantiers de restauration historique.
La première étape consiste à édifier une vaste toiture au-dessus de la structure, afin de protéger les ouvriers des intempéries pendant la restauration des fondations et de prévenir tout nouvel effondrement. En 2022, les murs sud et ouest sont reconstruits et stabilisés. Vient ensuite le tour de l'entrée centrale en arc et du mur nord, un travail méticuleux qui oblige les maçons à tailler de nouvelles pierres pour remplacer celles trop endommagées lors de l'effondrement. La restauration du mur nord s'achève l'an dernier.
Reste l'étape la plus délicate : les parties vitrées des murs nord et est, prévues dans le concept initial. La fondation cherche encore les fonds nécessaires à leur réalisation. Ce projet illustre une tendance de fond dans la préservation du patrimoine, où la ruine n'est plus seulement consolidée mais réinterprétée. En choisissant le verre plutôt que la pierre, les concepteurs assument la part manquante de l'histoire du bâtiment au lieu de la nier. Menokin devient ainsi un objet hybride, à la fois vestige du XVIIIe siècle et geste architectural contemporain, dont l'achèvement dépend désormais du soutien financier qu'il parviendra à rassembler.
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