Le DJ et producteur français Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, est décédé mercredi à l'âge de 43 ans, ont annoncé ses proches. Figure emblématique de la scène électro française, il laisse derrière lui un héritage musical qui dépasse largement son tube planétaire « Nightcall », popularisé par le film « Drive ». Sa disparition a suscité de nombreux hommages, de la ministre de la Culture Catherine Pégard, qui a salué sur X « l'une des voix les plus singulières » de France, au festival Garten on the beach de Deauville, qui voyait en lui une « véritable icône de la French Touch ».
Né en 1975 en Seine-Saint-Denis, Kavinsky n'appartenait pas à la première génération de la French Touch. Comme le rappelle le journaliste Patrick Thévenin des Inrocks, il faisait partie de la génération 2.0, celle des années 2000, après Cassius, Daft Punk et Air. Pianiste autodidacte, il a appris la musique dans une MJC de quartier. Dans une interview à 20 Minutes en 2013, il confiait n'avoir écouté que du rap dans sa jeunesse, étant « passé à côté de Daft Punk » parce que le mot « punk » sur la pochette l'avait trompé. C'est son ami d'enfance Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, qui l'initie aux machines et au cinéma d'horreur italien, notamment les bandes originales de Goblin et les films de Dario Argento.
Kavinsky intègre rapidement la bande du label Ed Banger, vivant même en colocation avec Gaspard Augé de Justice, et signe chez Record Makers. Il assure la première partie de la tournée Alive 2007 des Daft Punk. Son univers est profondément marqué par les films de John Carpenter, dont il admire la capacité à faire à la fois ses films et sa musique. Il crée alors le concept unique d'un « zombie »: un homme mort dans un accident de Testarossa en 1986 qui revient sur Terre pour produire de la musique. Comme il l'expliquait, cette mythologie rétrofuturiste, calquée sur une « bouillie de tous les films que j'aime », donne à sa musique une dimension cinématographique. Patrick Thévenin souligne que Kavinsky a créé « une esthétique très forte, singulière », une « espèce de fantasmagorie » autour de son personnage, à l'image des Daft Punk.
Le morceau « Nightcall » naît de cette esthétique. Kavinsky le conçoit avec Guy-Manuel de Homem-Christo comme une scène de film: un slow où le héros mort parle à son ancienne petite amie qui a refait sa vie. Le réalisateur Nicolas Winding Refn choisit ce titre pour son film « Drive » sans hésitation, créant une association indissociable. Pourtant, comme le souligne Patrick Thévenin, « on a l'impression que ça a été composé pour Drive, alors que non ». Le morceau est devenu un classique, mais Kavinsky n'a jamais cherché à faire danser: « C'est une chanson nostalgique, mélancolique, qui s'écoute en roulant en voiture ou tranquillement chez soi », ajoute le journaliste. « Nightcall » n'a jamais été un tube de club, mais plutôt une musique d'album.
Avec son son qui puise dans la New Wave et les synthétiseurs, Kavinsky est considéré comme un pionnier de la synthwave. Ce courant, nourri par une « drôle de nostalgie d'une période où il n'y avait pas Internet », a directement influencé des artistes comme The Weeknd ou la bande originale de la série « Stranger Things ». The Weeknd lui-même rendait hommage au Stade de France le 10 juillet dernier, déclarant que « sans ces légendes, The Weeknd n'existerait pas », plaçant Kavinsky au panthéon de l'électro française aux côtés de Daft Punk et Justice. C'était la dernière apparition publique de l'artiste.
Après son premier album « OutRun » en 2013, Kavinsky disparaît des radars pendant neuf ans. Il revient en 2022 avec « Reborn », un second album aux influences plus larges. « Je veux qu'on me parle d'autre chose que de Nightcall désormais », confiait-il alors à Mixmag. La cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024, avec Phoenix et Angèle, replace « Nightcall » sous les projecteurs: le titre devient le plus shazamé de l'histoire de l'application. Kavinsky n'aura sorti que deux albums, mais son impact dépasse largement les chiffres de vente. Au-delà de son tube, il a su donner à la French Touch un nouveau souffle, plus sombre et cinématographique, en gardant les valeurs underground du mouvement tout en le rendant mainstream, sans jamais renier ses racines. Sa musique, imprégnée de nostalgie et d'imaginaire, continuera de traverser les générations et les frontières, comme l'a souligné la ministre de la Culture. Sa disparition laisse un vide immense dans la scène électro française, mais son héritage sonore et visuel demeure.



