Il y a tout juste cinquante ans, le circuit Paul Ricard du Castellet, dans le Var, devait accueillir le festival Riviera 76, une ambitieuse réplique européenne du légendaire Woodstock. Organisé par Michael Lang, cofondateur du mythique rassemblement américain de 1969, l'événement promettait trois jours de musique, de paix et de contre-culture sous le soleil de Provence. Mais le rêve a viré au cauchemar, et le festival est tombé dans l'oubli jusqu'à ce qu'un documentaire diffusé sur France.tv, « Riviera 76 – Le Woodstock oublié », en exhume les images inédites.

L'histoire de ce fiasco commence avec des ambitions démesurées. Michael Lang, alors âgé de 32 ans, débarque en France avec la volonté de reproduire la magie de Woodstock. Avec ses associés, il loue le circuit de Formule 1 du Castellet et installe une scène de 600 mètres carrés au milieu de 350 hectares de garrigue. Les affiches annoncent « 36 heures de musique » et promettent un programme alléchant: Joe Cocker, le groupe français Magma, la chanteuse de funk Betty Davis ou encore Gil Scott-Heron. Deux cent mille spectateurs sont attendus.

Mais dès le premier jour, les difficultés s'accumulent. La fréquentation est loin d'être à la hauteur des espérances: trente-cinq mille personnes tout au plus, selon le journaliste Daniel Alfandari de Var Matin. Beaucoup s'introduisent sans payer, grimpant par-dessus les clôtures. Les festivaliers présents, pourtant, décrivent une ambiance hors du temps. Anita Boman, interviewée dans le documentaire, évoque « un instant un peu hallucinatoire », tandis que Rémi Champseix se souvient de « beaucoup de gens défoncés, de la musique non-stop ». Un petit paradis, mais aussi un chaos annoncé.

La tête d'affiche, Joe Cocker, incarne à elle seule le naufrage. Le chanteur britannique, attendu comme le clou du festival, monte sur scène le dimanche dans un état déplorable. Complètement ivre et défoncé, il peine à tenir debout et ne livre que six chansons avant de quitter la scène sous les huées du public. Un symbole de la dérive d'un événement qui, de l'avis général, n'a jamais atteint son potentiel.

Pour ajouter à la tragédie, la mafia varoise s'invite à la fête. Jean-Louis Fargette, surnommé « la Savonnette » pour sa capacité à échapper à la justice, se présente dans les coulisses et exige une part des recettes. Michael Lang, incapable de payer, négocie en promettant une part des droits du film qui doit immortaliser le festival. Ce film, tourné avec six caméras, ne verra jamais le jour. Les bobines, oubliées dans une cave, ne seront redécouvertes qu'en 2023, soit cent cinquante-trois boîtes de pellicule qui constituent aujourd'hui le cœur du documentaire de Christophe Duchiron.

Le film « Riviera 76 – Le Woodstock oublié » ne se contente pas de raconter un échec. Il offre aussi de rares moments de grâce, notamment des extraits du set de Betty Davis, icône funk avant l'heure, aussi provocatrice que Madonna le sera plus tard. Ces images, en couleurs ou en noir et blanc, avec ou sans son, sont un témoignage unique d'une époque révolue. Le documentaire, d'une heure seulement, mêle séquences musicales et témoignages de festivaliers, d'organisateurs et même du directeur du circuit Paul Ricard de l'époque.

Ce documentaire permet de redécouvrir un moment clé de l'histoire des festivals en France, à l'heure où les rassemblements estivaux battent leur plein en 2026. Riviera 76 reste un avertissement sur les excès de l'utopie hippie, mais aussi un hommage à l'énergie créative des années 1970. Les images inédites, désormais visibles sur France.tv, offrent une plongée nostalgique dans un Woodstock provençal qui, malgré son fiasco, mérite de ne pas être oublié.