Tom Pearson expose les rivets de sa collection 10 000 Rivets au London Design Festival
Le designer britannique Tom Pearson présente sa première collection de mobilier et d'éclairage, 10 000 Rivets, à l'APOC de Londres. Un travail où les contraintes d'atelier deviennent le motif central.
Le designer britannique Tom Pearson a présenté sa première collection de mobilier et d'éclairage, intitulée 10 000 Rivets, à l'occasion du London Design Festival en septembre. L'exposition s'est tenue dans l'espace APOC, à Londres, un lieu dédié à la mode contemporaine et aux objets singuliers. Le titre de la collection fonctionne comme une provocation : elle ne contient pas 10 000 rivets, mais 6 264. « Qui sait où sont passés les autres ? » s'amuse le designer, une ambiguïté ludique qui traverse l'ensemble du projet.
Derrière ce clin d'œil, les pièces obéissent à une logique matérielle stricte, façonnée à chaque étape par les limites d'un atelier individuel situé à Lewisham, dans le sud-est de Londres. Avant même de penser aux assemblages, Tom Pearson a construit un bain d'anodisation dans son studio et a appris seul le procédé. Son objectif n'était pas d'accélérer la production, mais de maîtriser la couleur. L'anodisation standard produit une finition plate et uniforme ; le designer voulait quelque chose d'irrégulier. Il est donc intervenu à la main, appliquant la teinture au pinceau, à l'aérographe et à la pipette. Les résultats évoquent de l'eau suspendue en plein mouvement : des motifs en forme de gouttes figés sur la surface de l'aluminium, chaque panneau portant la marque unique du geste qui l'a produit.
Le bac d'anodisation a eu une seconde conséquence, imprévue celle-là. Ses dimensions fixes ont imposé un plafond à la taille de chaque feuille. Les plaques qui ne pouvaient être soudées sans compromettre la finition exigeaient un autre type d'assemblage, applicable une fois l'anodisation terminée. Le rivet s'est imposé comme la solution. Ce qui n'était au départ qu'une contrainte de procédé est devenu la signature visuelle de la collection : des rangées de fixations apparentes, en grille, délibérées, qui cousent les plans de métal et rendent la logique de construction impossible à ignorer.
Le choix d'exposer ces assemblages plutôt que de les dissimuler mérite que l'on s'y attarde. Le design de mobilier a longtemps eu pour habitude de cacher sa propre fabrication : panneaux affleurants, fixations invisibles, surfaces qui ne révèlent rien. Les pièces de Tom Pearson font exactement l'inverse. Chaque rivet est un témoignage de l'assemblage, une marque laissée dans un atelier du sud-est de Londres où aucune étape de production n'a été externalisée. Le processus est entièrement le sien, du bain d'acide à la fixation finale.
Présentée chez APOC, la collection a servi à la fois de mobilier d'exposition et de sujet d'exposition. Des tables et des étagères autoportantes portaient des vêtements ; l'aluminium, lui, se portait lui-même. Les pièces sont fabriquées sur commande, individuellement, et marquées en surface par le procédé qui les a fait naître. Elles se lisent moins comme du mobilier de production que comme des démonstrations de ce que le métal peut porter lorsque le fabricant laisse l'évidence à l'intérieur.
Tom Pearson s'est formé au design spéculatif au Royal College of Art. Il a auparavant cofondé l'atelier de fabrication Jamps Studio avant de créer Tom Pearson Studio. La collection 10 000 Rivets est le point où ce parcours devient pleinement tangible. Les contraintes étaient structurelles. L'artisanat, entièrement délibéré.
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