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Cortex

24 Octobre 2026

Culture

Un appartement de l'East Village entre énergie créative et esprit brut

Dans cet appartement de l'East Village, l'équilibre entre style, matière brute et goût pour le vécu nourrit une atmosphère créative assumée.

Céline Girard 4 min Livingetc

Dans l'East Village, un appartement signé Evan Edward illustre une conception de l'habitat où la créativité tient autant à la matière qu'à la mise en scène. Le parti pris consiste à éviter tout effet trop léché ou trop neuf, au profit d'un intérieur qui laisse apparaître son caractère et ses aspérités. Le portrait publié par Livingetc met en avant cette idée : l'énergie du lieu vient de son grain, de la façon dont les surfaces, les objets et les volumes conservent une part d'usure et de spontanéité.

Ce choix n'est pas une simple affaire de décoration. Il renvoie à une conviction plus large sur le rapport entre un espace et ceux qui le fréquentent : un intérieur trop parfait finit par intimider, alors qu'un intérieur qui accepte ses imperfections invite à l'usage, à la création et à la conversation. Dans la presse spécialisée, cette tendance se traduit par un intérêt croissant pour les matériaux honnêtes, les pièces chinées et les compositions qui évoluent avec le temps, plutôt que pour des ensembles uniformes issus de catalogues.

Cette sensibilité trouve un écho dans des projets très différents. À Bali, le studio OMA a conçu pour la marque hôtelière Potato Head le Good Times General Store, ouvert dans Desa Potato Head à Seminyak. Il s'agit de la première boutique permanente du groupe, qui fonctionne aussi comme centre artisanal réunissant objets, mode et mobilier fabriqués en Indonésie, ainsi que des ateliers pratiques. Le projet ne sépare pas la production de la consommation : il invite les visiteurs à découvrir comment les objets sont fabriqués, d'où viennent leurs matériaux et ce qu'ils deviennent après leur première vie.

L'architecture suit la même philosophie. Développé avec Ade Herkarisma, responsable de l'architecture et du développement du groupe Potato Head, le bâtiment s'appuie sur les traditions constructives balinaises. Sa façade en chaume d'alang-alang, ses murs en terre damée issus d'argile locale, son bois de récupération et ses sols en terrazzo intégrant des chutes de bambou recyclé en témoignent. Des blocs de terre fragmentés organisent l'intérieur tout en brouillant la séparation entre les différentes fonctions. Le résultat est un environnement tactile où les matériaux portent eux-mêmes le discours, sans avoir besoin de se dissimuler derrière des finitions élaborées. OMA et Potato Head y développent par ailleurs une réflexion sur le design circulaire, qui consiste à prolonger la vie des matières plutôt que de les jeter.

Le rapprochement entre ces deux projets, l'un domestique et l'autre commercial, éclaire une même logique : faire place à la matière, à son origine et à ce qu'elle devient après un premier usage. Dans les deux cas, la réussite d'un lieu tient moins à son lustre qu'à la cohérence entre ce qu'il montre et la manière dont il a été pensé. Pour les lecteurs de Cortex, intéressés par les formes contemporaines du goût, cet appartement new-yorkais et l'espace balinais offrent deux façons complémentaires de penser l'habitat comme un lieu à la fois personnel et ouvert sur la culture.

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Céline Girard

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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