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8 Octobre 2026

RIMOWA’s 2 New Colors Quietly Solve the Baggage Claim Problem

Culture

Un collier en argent orné de sept glaçons qui fondent sur la peau

L'artiste Laila El Mehelmy et l'architecte Ariel André, fondateur du studio parisien GOLEM, ont conçu un collier dont les sept glaçons disparaissent en moins d'une heure. Une pièce entre bijou et performance, qui interroge la valeur de l'eau.

Adrien Delorme 5 min design archives | designboom | architecture & design magazine

Un collier dont les éléments les plus visibles sont voués à disparaître en moins d'une heure. C'est le pari de « ooOoooOoooOh la l'ice », une pièce développée par l'artiste et joaillière Laila El Mehelmy et l'architecte Ariel André, fondateur du studio parisien GOLEM. Le bijou enfile sept glaçons sur une chaîne de perles en argent massif. Un moule en silicone sur mesure permet de congeler le collier à la demande. Sorti de son empreinte, il devient un objet de théâtre portable, peu pratique mais redoutablement efficace.

Sans glace, le fil d'argent se porte comme un collier classique ou se double en choker. L'origine de la pièce l'est moins. L'idée a émergé lors d'une fête de vingt-quatre heures au Club der Visionaere, à Berlin, pendant l'un des étés les plus chauds d'Allemagne. Alors que les températures grimpaient, les fêtards puisaient des glaçons dans les congélateurs et se les passaient sur le corps pour se rafraîchir. Pour El Mehelmy et André, la scène oscillait entre plaisir et apocalypse : des corps qui dansent, transpirent et consomment de l'eau gelée pour rester simplement à l'aise. Le lendemain, cette tactique de survie en sueur est devenue le point de départ d'une réflexion sur la rareté et la valeur. Comme le formulent les designers, « l'eau passe d'une marchandise négligée à l'un des biens de luxe les plus recherchés ».

Cette interaction avec le porteur est centrale dans la pratique de Laila El Mehelmy. Formée à l'origine comme designer industriel, l'artiste saoudienne s'est tournée vers la joaillerie précisément pour son rapport tactile au corps, explorant comment le contact physique peut transformer l'œuvre elle-même. Ici, la transformation est on ne peut plus littérale. La peau réchauffe les sept blocs gelés, l'eau ruisselle sur la poitrine et le collier se modifie en public. La glace met environ trente minutes à disparaître sur une peau nue, ou près d'une heure portée sur un vêtement. Avec GOLEM, la joaillière a conçu ce collier comme une « pièce d'horlogerie », bien qu'il n'ait pas de cadran et que la ponctualité lui demande sans doute trop. Le temps devient visible par la perte. Chaque goutte enregistre la chaleur du corps, tandis que le porteur exécute malgré lui la disparition de l'objet pour ceux qui l'entourent. « La chorégraphie d'un corps dansant qui le porte pendant que les précieuses pierres d'eau solide fondent en fait un événement », expliquent les designers.

Une fois la glace disparue, les perles plus grosses de la chaîne en argent marquent les emplacements vides où se trouvaient les « pierres » gelées — des traces d'une absence, jusqu'à ce que le collier retourne dans son moule pour être congelé à nouveau. Le bijou emprunte aussi les codes visuels du luxe conventionnel pour mieux les faire dérailler. Ses glaçons deviennent ce qu'El Mehelmy et André appellent des « pierres d'eau solide », remplaçant les pierres permanentes par l'une des ressources les plus ordinaires — et de plus en plus disputées — de la planète. Le projet oppose délibérément l'eau au désir culturellement construit du diamant, demandant ce que pourrait signifier la préciosité quand l'abondance ne peut plus être tenue pour acquise. Dans leur lecture, la permanence est presque le problème : plutôt que de promettre l'éternité, ces pierres transpirent, rétrécissent et s'évanouissent. La valeur de l'objet ne réside pas dans sa résistance au changement mais dans le fait de forcer son porteur à le regarder se produire.

Le collier devient ainsi moins un accessoire statique qu'un petit spectacle avec un public, même lorsque ce public se réduit à ceux qui se trouvent à proximité lors d'une fête. Le porteur l'active, la chaleur l'accomplit, et la disparition fait partie de son langage formel. Le processus intègre aussi le corps humain au cycle naturel de l'eau : le solide devient liquide, coule sur la peau et finit par s'évaporer, prêt — au moins conceptuellement — à recommencer. El Mehelmy et André décrivent la pièce comme une matérialisation de l'évanescence de l'eau, ajoutant que « sa beauté résulte de sa temporalité ». C'est peut-être son inversion la plus élégante du luxe : le collier devient pleinement lui-même au moment précis où il commence à cesser d'exister.

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Adrien Delorme

Auteur

Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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