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11 Septembre 2026

DYSH Cooks Dinner, Serves It, and Leaves Just One Thing in the Sink

Culture

Un prototype de baignoire imprimé en 3D pour 2050

Le designer Ross Stevens présente Sustainable Decadence v2.0, un prototype architectural qui combine impression 3D à grande échelle, intelligence artificielle et objets industriels abandonnés pour réinventer le rituel du bain à l'horizon 2050.

Céline Girard 5 min Designboom

Et si le bain de demain naissait d'une cuve de confiture industrielle abandonnée, d'une fenêtre mal mesurée et d'une imprimante 3D architecturale ? C'est l'hypothèse que explore Ross Stevens avec Sustainable Decadence v2.0, un prototype de baignoire présenté comme une expérimentation architecturale tournée vers 2050. Le designer industriel y interroge la manière dont les technologies émergentes — impression 3D à grande échelle et intelligence artificielle — peuvent réconcilier des objets existants avec des composants architecturaux nouvellement produits, autour de l'un des plus anciens rituels domestiques : se baigner.

Le projet s'inscrit dans la continuité de Sustainable Decadence v1.0, lancé en 2011. Stevens, spécialisé dans le réemploi des déchets industriels, cherche depuis lors à donner une seconde vie à des matériaux voués à l'abandon. La difficulté, souligne-t-il, ne réside pas tant dans la collecte que dans la cohérence : comment faire tenir ensemble une collection hétéroclite d'objets sans lien apparent ? L'impression 3D à l'échelle architecturale apporte une réponse. Les composants numériques sont conçus en fonction des dimensions et des caractéristiques des objets trouvés, comblant les interstices entre eux. L'imprimante devient ainsi un système de liaison entre matériaux de récupération et architecture nouvelle.

Au cœur du dispositif, une cuve en acier inoxydable ayant servi à la cuisson de confiture industrielle. Autour d'elle s'organisent des éléments imprimés : escaliers, garde-corps, composants de toiture et enveloppes. Une fenêtre à double vitrage mal dimensionnée et un reste de verre de balustrade complètent l'ensemble. La géométrie courbe des escaliers et du garde-corps épouse la forme de la cuve, démontrant la capacité de la fabrication numérique à s'adapter à l'existant sans standardiser l'objet récupéré. Le garde-corps, imprimé en PETG, est renforcé par deux cordes en nylon de 16 mm enrobées de résine époxy, avec un creux continu pour la main qui intègre la préhension à la forme même.

La toiture pivotante imprimée en 3D constitue l'élément le plus spectaculaire. Elle protège et isole le bassin lorsqu'il n'est pas utilisé, et permet à l'espace de baignade de basculer entre intérieur et extérieur. En temps clair, elle s'ouvre entièrement ; sous la pluie, elle se referme partiellement pour offrir un abri d'où observer le ciel. Complètement fermée, elle modifie l'acoustique du lieu : le clapotis de l'eau devient plus présent, tandis qu'un puits de lumière à double vitrage maintient le lien avec le ciel et introduit la lumière naturelle. La forme complexe du toit résulte de la rencontre entre le tube pivotant, le puits rectangulaire et la baignoire circulaire.

L'intelligence artificielle intervient comme collaboratrice potentielle à plusieurs niveaux : identification d'opportunités de réemploi, traduction d'idées de design en formes physiques, génération de fichiers CAO pour l'impression 3D, et surveillance du processus d'impression avec ajustements en temps réel. Le prototype teste également la performance des composants imprimés dans un environnement difficile : chaleur, humidité, exposition extérieure. Toiture, puits de lumière, escaliers, garde-corps, boîtiers électriques et gaines de plomberie doivent démontrer leur fonctionnalité structurelle et leur durabilité.

À travers cette expérimentation, Stevens explore ce que pourrait être un équivalent contemporain du modernisme du milieu du XXe siècle en 2050. Le projet ne se contente pas de recycler : il propose une méthode pour intégrer des objets irréguliers et sans lien dans un système spatial coordonné, où la fabrication numérique sert de médiation. Les couches apparentes de l'impression sont conservées comme une acknowledgement du processus tectonique. Sustainable Decadence v2.0 ouvre ainsi la voie à une recherche plus large sur l'architecture entièrement imprimée en 3D, où le plaisir personnel et la réduction de l'impact environnemental ne seraient plus contradictoires.

Céline Girard

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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