Une horloge imprimée en 3D recrée le mécanisme silencieux du pape Alexandre VII
Un horloger amateur reproduit en plastique extrudé l'échappement à manivelle excentrique conçu en 1656 par les Fratelli Campani pour le pape Alexandre VII, une pièce rare destinée à supprimer le tic-tac.
Un horloger amateur connu sous le nom de Many Vices a entrepris de reproduire en plastique extrudé un mécanisme d'horlogerie conçu en 1656 pour le pape Alexandre VII. La pièce originale, commandée aux Fratelli Campani, répondait à une exigence précise : faire taire le tic-tac. Le souverain pontife, rapporte-t-on, supportait mal le bruit régulier des horloges de son temps.
Pour mener à bien cette reconstitution, Many Vices s'est appuyé sur les travaux du maître horloger Carlo G. Croce, qui a documenté sa propre recréation en laiton dans un dossier technique et plusieurs vidéos. La démarche relève autant de l'archéologie industrielle que de l'artisanat : il s'agit de déduire le fonctionnement d'un mécanisme ancien à partir de photographies et de descriptions d'époque, puis de le reconstruire avec les moyens contemporains, ici une imprimante 3D.
Le cœur du dispositif tient dans un échappement à manivelle excentrique. Contrairement à l'échappement à ancre, qui équipe la quasi-totalité des horloges mécaniques depuis des siècles et produit ce balancement périodique caractéristique — le fameux tic-tac —, le système excentrique assure un mouvement continu. C'est précisément ce qui permet à l'horloge de fonctionner en silence.
Many Vices a testé les deux approches dans ses vidéos, offrant une comparaison sonore entre le mécanisme silencieux et l'échappement traditionnel. La démonstration met aussi en évidence le revers de la médaille : l'échappement à manivelle excentrique gaspille beaucoup d'énergie et ne parvient pas à fonctionner très longtemps. L'horloger amateur s'interroge sur la possibilité d'accorder plus finement le volant d'inertie qu'il utilise avec la fréquence du pendule oscillant, ce qui pourrait légèrement améliorer l'autonomie.
Il a également expérimenté une modification du pendule à ressort sur rail linéaire. Le résultat, visuellement spectaculaire, ne rivalise pas avec la durée de fonctionnement d'une horloge mécanique classique. Cette limite explique probablement pourquoi l'échappement à ancre s'est imposé pendant des siècles, malgré le bruit qu'il génère et que certains utilisateurs, y compris un pape, ne supportaient pas.
La réalisation de Many Vices s'inscrit dans un mouvement plus large de fabrication numérique appliquée à l'horlogerie. Il y a une dizaine d'années, imprimer une horloge mécanique complète relevait encore du défi technique. Aujourd'hui, les projets se multiplient, des modèles entièrement mécaniques aux unités électromécaniques numériques, en passant par des conceptions plus ludiques. La reconstitution du mécanisme Campani témoigne de cette maturité : un objet de luxe du XVIIe siècle, destiné à un pape, renaît aujourd'hui en fil plastique, sans jamais émettre le moindre tic-tac.
Le mécanisme original des Fratelli Campani reste un jalon dans l'histoire des instruments de mesure du temps. Sa redécouverte par des amateurs éclairés rappelle que l'innovation horlogère ne répond pas seulement à des impératifs de précision, mais aussi à des exigences sensorielles et esthétiques. Le silence, en l'occurrence, était un luxe réservé aux puissants. Trois cent soixante-dix ans plus tard, il demeure un défi technique que l'impression 3D permet d'explorer à moindre coût.
