Villas italiennes au bord de la mer, ces décors que le cinéma a rendus immortels
De Villa Volpi à Casa Malaparte en passant par Fregene, un voyage architectural le long des côtes italiennes où le septième art a posé ses caméras.
Le cinéma italien a souvent emprunté ses plus beaux décors à l'architecture balnéaire du pays. Des villas construites par des maîtres du XXe siècle sont devenues, le temps d'un tournage, des personnages à part entière, au point de marquer durablement l'imaginaire collectif. Un parcours le long du littoral permet de redécouvrir ces demeures où le béton, la pierre et la lumière dialoguent avec la mer.
Villa Volpi, située sur la côte tyrrhénienne, incarne cette rencontre entre le génie des bâtisseurs et la magie des plateaux. Édifiée dans les années 1930 pour le compte du comte Giuseppe Volpi, fondateur de la Mostra de Venise, elle a servi de cadre à de nombreuses productions. Sa silhouette blanche, ses lignes épurées et sa position dominante face aux flots en font un exemple abouti de l'architecture balnéaire de l'entre-deux-guerres. Les cinéastes y ont trouvé un écrin naturel, capable d'accueillir aussi bien des drames intimistes que des fresques plus ambitieuses.
Plus au sud, sur l'île de Capri, Casa Malaparte demeure sans doute l'exemple le plus célèbre de cette symbiose entre art de bâtir et art de filmer. Construite dans les années 1940 par l'écrivain Curzio Malaparte sur un promontoire rocheux, cette maison rouge aux volumes géométriques a été immortalisée par Jean-Luc Godard dans « Le Mépris » en 1963. La terrasse, la rampe d'accès et la façade qui semble surgir de la falaise ont fait de ce lieu un mythe, fréquemment cité comme l'une des plus belles maisons du monde. Le cinéma n'a pas seulement utilisé ce décor, il a contribué à en forger la légende.
La côte de Fregene, près de Rome, offre un autre visage de cette architecture balnéaire. Moins spectaculaire que Capri, la station balnéaire a pourtant attiré l'attention des architectes et des réalisateurs. Les villas de style méditerranéen, avec leurs patios, leurs pergolas et leurs jeux d'ombre, ont servi de toile de fond à plusieurs comédies italiennes des années 1960. Le cinéma léger de l'époque y a trouvé un décor à la mesure de ses intrigues estivales, entre séduction et insouciance.
L'architecte Giovanni Michelucci, figure majeure du rationalisme italien, a également laissé son empreinte sur le littoral. Ses réalisations, pensées pour s'intégrer au paysage, ont parfois été choisies par les cinéastes pour leur capacité à exprimer une certaine idée de la modernité. L'usage du béton apparent, la recherche de la lumière naturelle et l'attention portée aux circulations intérieures ont donné naissance à des espaces singuliers, propices à la mise en scène.
Ces villas ne sont pas de simples décors. Elles témoignent d'une époque où l'architecture italienne cherchait à concilier tradition et innovation, où les commanditaires faisaient appel aux plus grands noms pour bâtir leurs résidences d'été. Le cinéma, en les filmant, a figé leur image et les a inscrites dans une mémoire collective qui dépasse largement le cercle des amateurs d'architecture.
Aujourd'hui, ces demeures continuent d'attirer les regards. Certaines sont ouvertes au public, d'autres restent des propriétés privées, mais toutes participent à la richesse du patrimoine balnéaire italien. Elles rappellent que la beauté d'un lieu ne tient pas seulement à sa situation géographique, mais aussi à la manière dont l'homme a su l'habiter et le mettre en valeur. Le cinéma, en s'emparant de ces architectures, a offert une seconde vie à ces maisons, les transformant en véritables icônes culturelles.
