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Cortex

7 Octobre 2026

Culture

Volt Face : quand prises et interrupteurs deviennent des pièces de design

Le studio français Studio 5.5 transforme les prises et interrupteurs Schneider Electric en éléments visibles de meubles et de luminaires, avec la collection Volt Face. Une réponse concrète à l'inconfort quotidien des foyers mal pensés.

Bastien Perrin 5 min Yanko Design

Et si la prise électrique cessait d'être une nuisance cachée derrière le canapé pour devenir un élément assumé du décor ? C'est la proposition de Volt Face, une collection signée par le studio français Studio 5.5, qui réunit tables, tables de chevet, appliques et suspensions autour d'une idée simple : rendre visibles les prises et les interrupteurs qui équipent habituellement nos murs.

Le point de départ est un agacement domestique que chacun connaît. La prise située derrière le canapé oblige à déplacer un coussin, à tâtonner le long du mur et à espérer avoir saisi la bonne fiche. La multiprise facilite l'accès, mais il faut ensuite trouver où la dissimuler. Ce petit désagrément en dit long sur notre manière d'aménager : nous planifions les objets que nous voulons voir, puis nous composons avec l'électricité qui les rend utiles.

Volt Face inverse la logique. Développée à partir des prises et interrupteurs Odace de Schneider Electric, la collection intègre ces équipements dans le mobilier et l'éclairage. Les prises et interrupteurs conservent leur fonction première, mais ne sont plus traités comme des détails à masquer. Le projet a été développé par Vincent Baranger et Anthony Lebossé, dont l'approche consiste à détourner des objets familiers tout en préservant leur usage.

Cette distinction compte. Volt Face ne demande pas d'admirer une prise parce qu'un designer l'aurait décrétée œuvre d'art. La collection pose une question plus pragmatique : un objet utile peut-il devenir plus agréable lorsque quelqu'un s'attarde sur son emplacement et sa présence ? La réponse ressemble moins à un grand discours sur l'avenir de la maison qu'à une correction de bon sens dans notre façon d'organiser l'espace.

La table de chevet constitue l'argument le plus convaincant. C'est là que se disputent une lampe, un téléphone, un livre et un verre d'eau. La prise se trouve généralement juste assez loin pour rendre le chargement du téléphone malcommode. Intégrer l'accès électrique au meuble n'éliminerait pas le besoin d'un câble, mais rendrait la routine du soir moins pénible. Une table qui reconnaît ce qui finit réellement sur une table de nuit, plutôt que de feindre de n'accueillir qu'un vase soigneusement choisi, serait la bienvenue.

Les pièces d'éclairage sont intéressantes pour une raison légèrement différente. Une lampe rend déjà l'électricité visible par ce qu'elle fait ; laisser son interrupteur occuper une place plus évidente semble donc naturel. Mieux vaut un contrôle que l'on trouve sans tâtonner dans le noir autour de la base. La collection comprend des appliques et des suspensions, ainsi que d'autres lampes, ce qui donne à l'idée une portée qui dépasse un seul meuble.

Rien de tout cela ne signifie qu'un produit électrique s'achète sur son seul look. L'emplacement, la gestion des câbles, la sécurité et la compatibilité compteraient davantage une fois la pièce installée chez soi. Volt Face mérite d'être discuté sans supposer qu'il convient à tous les foyers ni à toutes les installations électriques. Sa contribution la plus forte reste une question de design : pourquoi tant de pièces font-elles de l'accès à l'énergie une réflexion après coup, alors que nous l'utilisons chaque jour ?

L'attrait est aussi esthétique, mais pas au sens habituel de rendre la technologie invisible. Les prises et les interrupteurs ont des formes reconnaissables. Nous savons à quoi ils servent, et nous remarquons lorsqu'ils sont mal placés. Volt Face travaille avec cette familiarité. Plutôt que d'ajouter une couche de décoration sur un problème pratique, la collection accorde de l'attention à la partie pratique. Cela paraît rafraîchissant à une époque où beaucoup de produits domestiques semblent déterminés à dissimuler leur propre fonctionnement.

Faut-il pour autant transformer chaque prise en sujet de conversation ? Non. Certaines peuvent rester discrètes sur le mur. Mais la prochaine fois qu'il faudra atteindre une fiche derrière le canapé, la proposition simple de Volt Face reviendra en mémoire : le mobilier pourrait venir à notre rencontre là où nous utilisons réellement l'énergie. Si cela rend une pièce plus facile à vivre et plus agréable à regarder, la prise aura gagné sa place à la vue de tous.

5Vues

Bastien Perrin

Auteur

Analyste économie

Bastien Perrin couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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