Le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé, lundi 23 juillet, son intention de punir « sévèrement » les responsables des fraudes aux examens universitaires qui ont déclenché une vague de contestation sans précédent dans le pays. Cette promesse intervient alors que des dizaines de milliers d'étudiants et de jeunes continuent de manifester dans les rues de New Delhi, exigeant la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, qu'ils tiennent pour responsable des dysfonctionnements du système éducatif.
La police de la capitale a sévèrement réprimé, lundi, une tentative de marche vers le Parlement. Les forces de l'ordre ont utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, qui tentaient de se rassembler devant l'enceinte parlementaire pour faire entendre leurs revendications. Malgré ces mesures, la mobilisation ne faiblit pas: des milliers d'étudiants, issus de différentes universités et collèges du pays, campent dans l'hypercentre de New Delhi depuis plusieurs jours, déterminés à obtenir des réponses concrètes.
Le mouvement, surnommé par certains médias locaux le « parti des cafards » en raison de sa capacité à renaître après chaque dispersion, a pris une ampleur nationale. Les étudiants dénoncent des fraudes massives lors des examens d'entrée dans les universités et les écoles professionnelles, qui compromettent l'égalité des chances et l'avenir de millions de jeunes Indiens. Selon les témoignages recueillis sur place, des irrégularités auraient été constatées dans plusieurs États, avec des fuites de sujets, des corrections truquées et des admissions accordées sans vérification des résultats.
Narendra Modi, qui s'exprimait lors d'une intervention télévisée, a reconnu la gravité de la situation et a promis que les responsables seraient identifiés et sanctionnés. « Nous ne tolérerons aucune injustice envers notre jeunesse », a-t-il déclaré, tout en appelant au calme et au retour à l'ordre. Cependant, ses annonces n'ont pas suffi à apaiser la colère des étudiants, qui estiment que des mesures superficielles ne résoudront pas les problèmes structurels du système éducatif indien.
Trisha Shetty, militante indienne pour l'égalité entre les genres et fondatrice de l'organisation « SheSays », invitée sur le plateau de France 24, a souligné que la contestation dépasse la simple question des fraudes. « Ce mouvement est le reflet d'une génération qui exige transparence et responsabilité de la part de ses dirigeants », a-t-elle expliqué. « Les étudiants ne se contenteront pas de promesses; ils veulent des actes concrets, notamment la démission du ministre de l'Éducation, qu'ils considèrent comme le symbole d'un système défaillant. »
Le ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, est au cœur des critiques. Accusé de ne pas avoir su prévenir les fraudes et de minimiser leur ampleur, il fait l'objet de demandes de démission répétées de la part des manifestants et de plusieurs partis d'opposition. Le gouvernement Modi, qui a fait de l'éducation une priorité affichée, se trouve dans une position délicate: il doit à la fois répondre à l'indignation légitime des étudiants et maintenir l'ordre public, tout en évitant de fragiliser un ministre clé.
Les manifestations, qui ont débuté il y a plusieurs semaines dans les grandes villes indiennes, se sont intensifiées après la révélation de nouveaux cas de fraudes dans les examens d'entrée aux écoles de médecine et d'ingénierie. Des associations étudiantes ont publié des listes d'établissements où les irrégularités seraient les plus flagrantes, appelant à une enquête indépendante. Le gouvernement a promis la mise en place d'une commission d'enquête, mais les étudiants jugent cette mesure insuffisante et réclament des réformes en profondeur.
La situation a également des répercussions politiques. L'opposition, menée par le Congrès national indien, a saisi l'occasion pour critiquer la gestion de l'éducation par le gouvernement Modi, accusé de privilégier les intérêts privés au détriment de l'accès équitable à l'enseignement supérieur. Des débats houleux ont eu lieu au Parlement, où des députés d'opposition ont demandé la démission du ministre de l'Éducation, sans succès pour l'instant.
En attendant, les étudiants restent mobilisés, organisant des sit-in, des marches et des rassemblements dans plusieurs villes du pays. Leur détermination semble intacte, malgré la répression policière et les appels au calme du gouvernement. Pour beaucoup d'entre eux, l'enjeu dépasse la simple question des examens: il s'agit de défendre l'avenir de la jeunesse indienne et de lutter contre un système perçu comme corrompu et inégalitaire.
Le gouvernement Modi, qui a promis des sanctions sévères, devra désormais traduire ses paroles en actes pour tenter de désamorcer une crise qui pourrait s'étendre à d'autres secteurs de la société. La contestation étudiante, loin de s'essouffler, semble au contraire gagner en ampleur et en organisation, posant un défi de taille à l'exécutif indien.



