L'ancienne directrice de la chaîne russe RT France, Xenia Fedorova, a été visée mercredi 29 juillet 2026 par un arrêté ministériel d'expulsion, a confirmé le ministère de l'Intérieur. Chroniqueuse régulière dans plusieurs médias du groupe Bolloré — notamment CNews, Europe 1 et leJDNews— elle est accusée par des personnalités politiques et médiatiques de servir de relais à la propagande du Kremlin.

Selon l'arrêté, dont le contenu a été révélé par le quotidienLibération, le comportement de Xenia Fedorova « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État » et sa présence sur le territoire français « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public ». Le texte précise qu'en déployant les narratifs du Kremlin, elle s'inscrit comme « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » dans le but de déstabiliser l'ordre public en France.

Xenia Fedorova, âgée de 45 ans, a dirigé RT France jusqu'à la fermeture de la chaîne en 2023, consécutive aux sanctions européennes adoptées après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Depuis, elle intervient quasi quotidiennement dans les antennes de la « bollosphère », défendant les positions de Moscou sur la guerre en Ukraine, l'OTAN ou les valeurs conservatrices. Elle y est présentée comme une spécialiste de la Russie, mais ses détracteurs lui reprochent de diffuser des récits trompeurs.

Cette mesure d'expulsion intervient après une polémique sur le renouvellement de son titre de séjour, révélée en mai dernier. En 2024, sa carte de résident avait été prolongée pour dix ans, suscitant des accusations de complaisance gouvernementale. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Laurent Nuñez, avait alors assuré qu'il n'y avait eu « aucune intervention » politique dans cette décision administrative de routine.

En réaction, les employeurs de Xenia Fedorova — le groupe Canal+ et Lagardère — ont dénoncé « une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression ». Ils estiment que l'expulsion est disproportionnée et qu'elle vise à faire taire une voix critique. Ailleurs en Europe, la chroniqueuse est déjà interdite de territoire en Allemagne.

Pour les autorités françaises, cette expulsion s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les ingérences étrangères, alors que plusieurs rapports parlementaires ont alerté sur l'influence croissante des médias russes en Europe. Xenia Fedorova, qui vit en France depuis une dizaine d'années, dispose d'un délai pour quitter le territoire ou contester la décision devant la justice administrative.