La Russie a annoncé ce mercredi 29 juillet avoir émis un avis de recherche international à l’encontre de Pavel Dourov, fondateur et patron de l’application de messagerie Telegram. Il est visé par des accusations de « complicité de terrorisme » de la part du Service fédéral de sécurité (FSB), qui lui reproche de ne pas avoir supprimé un robot de rencontres populaire utilisé, selon Moscou, par les services spéciaux ukrainiens pour recruter de jeunes Russes.

Cette décision intervient alors que Pavel Dourov se trouve déjà sous contrôle judiciaire en France, où il est poursuivi depuis août 2024 pour des infractions liées à la gestion de sa plateforme, notamment pour avoir refusé de coopérer avec les autorités dans des enquêtes sur la criminalité organisée et la diffusion de contenus illicites. L’entrepreneur d’origine russe, qui possède également la nationalité française, a été interpellé à l’aéroport du Bourget et placé sous caution avec interdiction de quitter le territoire français.

Le FSB accuse précisément Telegram d’avoir laissé actif un robot de rencontres automatisé qui aurait permis aux services de renseignement ukrainiens d’entrer en contact avec des jeunes Russes dans le but de les recruter pour des actions hostiles. Moscou considère cette inaction comme une complicité avec des actes de terrorisme, bien que la messagerie nie toute intention délibérée et affirme supprimer les contenus signalés conformément à ses conditions d’utilisation.

La plateforme Telegram, fondée en 2013 par Pavel Dourov et son frère Nikolaï, est largement utilisée en Russie et dans les pays de l’ex-URSS, mais aussi par des groupes d’opposition et des organisations non gouvernementales. Elle a toujours défendu une politique de neutralité et de protection de la vie privée des utilisateurs, ce qui lui a valu à la fois une popularité croissante et des critiques de nombreux gouvernements, qui lui reprochent de faciliter la propagation de désinformation, de contenus extrémistes ou de coordination d’activités illégales.

Les relations entre la Russie et Telegram ont connu des hauts et des bas. En 2018, les autorités russes avaient tenté de bloquer Telegram après que la société eut refusé de fournir les clés de chiffrement aux services de sécurité, avant de lever partiellement cette interdiction en 2020. Aujourd’hui, l’avis de recherche international marque une escalade significative, alors même que Dourov est déjà sous la surveillance de la justice française et qu’il pourrait difficilement être extradé vers la Russie en raison de son statut de citoyen français.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Moscou et les puissances occidentales, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine. Les autorités russes accusent régulièrement les services ukrainiens d’utiliser des plateformes numériques pour mener des opérations de renseignement ou de recrutement. De leur côté, les défenseurs des droits numériques estiment que les demandes de suppression de contenu de la part de régimes autoritaires peuvent servir à entraver les libertés d’expression et d’association.

Pavel Dourov n’a pas réagi publiquement à cet avis de recherche. Son équipe juridique, basée à Dubaï, où se trouve le siège de Telegram, examine les implications de cette annonce. En attendant, l’entrepreneur reste sous contrôle judiciaire en France, où il doit répondre de plusieurs chefs d’accusation dans les mois à venir.