Le limogeage surprise du très populaire ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, par le président Volodymyr Zelensky a provoqué une onde de choc dans le pays et au-delà de ses frontières. De nouvelles manifestations sont prévues ce vendredi soir dans plusieurs villes ukrainiennes pour réclamer sa réintégration, révélant des dissensions internes au sein de l'armée et de la société ukrainienne. Cette situation, qui fait la joie des blogueurs militaires russes, inquiète également l'Union européenne, dont un diplomate chevronné a qualifié la situation de « préoccupante ».
Le renvoi de Fedorov, intervenu le 15 juillet, a pris de court de nombreux observateurs. Le ministre, qui jouissait d'une large popularité tant auprès des militaires que de la population, était perçu comme un acteur clé de la défense ukrainienne. Son départ a immédiatement suscité une vague de contestation, avec des rassemblements organisés à Kiev et dans d'autres grandes villes. Les manifestants, parmi lesquels figurent des soldats et des citoyens ordinaires, expriment leur mécontentement face à ce qu'ils considèrent comme une décision précipitée et déstabilisante pour l'effort de guerre.
À l'international, cette crise politique interne préoccupe les alliés de l'Ukraine. Un diplomate européen, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès de l'AFP, a souligné que les soutiens de l'Ukraine, qui injectent des fonds considérables pour aider le pays, s'attendaient à ce que « tout se déroule sans accroc à Kiev ». Il a ajouté: « Nous savons que l'Ukraine a enregistré des succès au combat. Tout le monde souhaite les préserver et aller plus loin. Sans unité dans les rangs, c'est difficile. » Ces déclarations reflètent une inquiétude croissante quant à la capacité de Kiev à maintenir une cohésion politique et militaire face à l'agression russe.
Les blogueurs militaires russes, souvent proches du Kremlin, ont ironisé sur cette situation. Sur les réseaux sociaux, certains ont remercié le président ukrainien d'avoir écarté un ministre qui a « causé tant de problèmes » aux forces russes, qui se trouvent plutôt sur le reculoir ces derniers temps. Cette réaction, bien que teintée de propagande, souligne l'impact que Fedorov avait eu sur le champ de bataille, notamment par ses réformes et sa gestion des approvisionnements.
Pendant ce temps, en Russie, la répression contre les voix dissidentes se poursuit. Le blogueur Ilia Remeslo, connu pour avoir témoigné contre l'opposant Alexeï Navalny et qui avait récemment critiqué Vladimir Poutine, a été arrêté à Saint-Pétersbourg. Il doit être transféré à Moscou pour y être placé en détention provisoire ou en résidence surveillée. Son dernier message, publié sur Telegram où il est suivi par plus de 100 000 personnes, annonçait que « Poutine sera emmené avec des menottes cet automne ». Cet homme de 42 ans avait déjà publié en mars les « cinq raisons » pour lesquelles il avait cessé de soutenir le maître du Kremlin.
Dans un autre registre, l'opposant russe Boris Nadejdine a été condamné à une amende de 1 000 roubles (environ 11 euros) par un tribunal de Moscou pour « démonstration de symboles extrémistes ». Le sexagénaire, qui a fait un léger malaise à l'audience, risquait quinze jours de prison. Il a dénoncé un « État malade » et affirmé que « tout ce cirque a été orchestré pour m'empêcher de participer aux élections législatives de septembre ». Cette condamnation symbolique n'exclut pas d'autres poursuites ultérieures.
Malgré ces turbulences politiques, les combats se poursuivent sur le terrain. En Ukraine, cinq personnes ont été tuées ce vendredi par des frappes russes. Un missile a fait deux morts dans la ville méridionale d'Odessa, dont « une femme qui se promenait dans un parc avec ses enfants ». Des drones ont causé trois autres morts dans les régions de Mykolaïv et de Kherson. En Russie, un drone ukrainien a tué un homme dans la région frontalière de Belgorod, selon les services de secours. Une personne a également trouvé la mort dans une attaque ukrainienne à Gorlivka, une ville de la partie orientale du pays occupée par les Russes.
Ces événements interviennent alors que le conflit entre dans son 1 604e jour. La guerre, qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes, continue de peser lourdement sur les deux sociétés. Les tensions internes en Ukraine, couplées à la répression en Russie, montrent que la guerre ne se joue pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les arènes politiques et judiciaires des deux pays.



