La candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2027 est désormais officialisée, après la décision de la cour d'appel de Paris, mardi 7 juillet, de lever son inéligibilité. Le Rassemblement national a immédiatement activé son site de campagne, dévoilant une affiche représentant la dirigeante dans une posture solennelle, accompagnée du slogan « Pour la France, la Renaissance ». Ce retournement de situation a brutalement modifié les plans du parti: Jordan Bardella, le président du RN âgé de 30 ans, qui se préparait depuis des mois à mener sa première campagne présidentielle, se retrouve relégué au second rang.

Donné favori par les sondages, Bardella avait déjà « tout préparé » pour lancer sa propre candidature. Son équipe avait conçu visuels, slogans et site de campagne. Mais le jugement favorable à Marine Le Pen a fait basculer la donne. « Quand vous êtes prêt à lâcher les chevaux, et qu’on vous dit brutalement "en fait non", c’est presque physique. Il y a un relâchement de la tension, sans atterrissage », confie un proche du député européen. En public, Bardella affiche un visage fermé, contrastant avec le large sourire de Marine Le Pen. Il assure néanmoins que leur relation de confiance reste intacte.

Dès le lendemain du jugement, le duo s'est rendu à La Flèche, dans la Sarthe. Interrogé par les journalistes, Bardella a déclaré: « Ce n’est ni du soulagement, ni de la déception, la campagne démarre […] et je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs. » Mais en privé, il aurait mis plusieurs jours à digérer ce retournement, selon plusieurs cadres du parti. L'eurodéputé Gilles Pennelle, proche du président du RN, a souligné la solidité de leur entente: « Ils ont une relation de confiance et d’amitié très forte. Il mènera la campagne au service de Marine Le Pen. »

Le rôle exact de Bardella dans les mois à venir suscite des interrogations, tant il avait tenté d'imprimer sa marque sur la ligne du parti. Ces derniers mois, il avait osé des désaccords publics avec Marine Le Pen sur les retraites ou la taxation des superprofits, et même proposé de revenir sur l'interdiction du voile dans l'espace public, une mesure phare du RN. Dans un entretien au Figaro le 13 juillet, il a prévenu: « Je vais évidemment continuer à jouer un rôle de premier plan. Un parti sans discussion et des chefs entourés de silence, cela n’existe pas. » Un député UDR allié du RN a regretté en creux que la candidature Le Pen soit « moins pro-business » que celle envisagée par Bardella.

Les cadres du RN se sont réunis les 16 et 17 juillet pour un séminaire consacré au projet présidentiel, visant à aplanir les sujets de friction entre les deux têtes du parti. Un participant a précisé: « Le programme est travaillé avec Jordan depuis longtemps. Marine prend les avis des uns et des autres, mais c’est elle qui décide, c’est elle qui tranche. C’est elle la candidate. » Selon un proche de Marine Le Pen, les divergences exprimées par Bardella relevaient de l'incertitude judiciaire: « C’était lié au flou sur le candidat, donc les mesures ne pouvaient pas être arbitrées définitivement. Tout va rentrer dans l’ordre. »

La cohésion du « ticket » Le Pen-Bardella sera scrutée pendant la campagne. Si le matériel de campagne de Bardella a été rangé dans les tiroirs, ses ambitions, elles, demeurent intactes. Dans le Figaro, il a ironisé: « Lorsque je lis les journaux et j’écoute les commentateurs, j’ai l’impression d’assister à mon propre enterrement politique. Qu’ils gardent les pelles, je n’ai pas l’intention d’y participer. » Pour l'instant, il devra se contenter de seconder Marine Le Pen, tout en préparant l'avenir.