L'absence prolongée du président camerounais Paul Biya, qui séjourne en Suisse depuis le début du mois de juin, relance au Cameroun le débat sur l'inaction du gouvernement et alimente une controverse croissante, dans un pays où une grande partie de la population aspire à un changement.
Âgé de 93 ans, Paul Biya a quitté Yaoundé il y a près de deux mois pour la Suisse, où il effectue depuis de nombreuses années des séjours réguliers, notamment à Genève. Ces absences répétées ont déjà provoqué, par le passé, des vagues de spéculations et de rumeurs sur son état de santé.
Cette fois encore, la durée inhabituelle du séjour présidentiel ravive les interrogations. La controverse a pris une telle ampleur que les autorités camerounaises ont tenté d'y répondre: selon le quotidien français Le Monde, qui s'est fait l'écho de la polémique, l'entourage du pouvoir assure qu'il n'y a « aucune somnolence au sommet de l'État », une formule censée rassurer sur la continuité de l'exécutif.
Mais cette déclaration n'a pas suffi à calmer le jeu. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, le silence du chef de l'État est de plus en plus commenté, et beaucoup y voient le symbole d'un régime à l'arrêt. Le sujet s'impose désormais comme l'un des principaux thèmes politiques du moment au Cameroun, et les médias africains s'en font largement l'écho: l'hebdomadaire Jeune Afrique a récemment classé le maintien de Paul Biya en Suisse parmi les informations majeures de la région.
La santé de Paul Biya demeure, en toile de fond, un sujet extrêmement sensible au Cameroun. Les informations qui circulent à ce propos sont systématiquement scrutées, souvent démenties par l'entourage du président, et rares sont les communications officielles. Cette opacité entretient les rumeurs et contribue à l'ampleur de la polémique actuelle.
Ce n'est pas la première fois que le chef de l'État camerounais se trouve au cœur d'une telle polémique. Au fil des ans, ses séjours en Suisse, et plus particulièrement à Genève, ont régulièrement nourri les spéculations, et le pouvoir a systématiquement démenti les rumeurs les plus alarmistes. La situation est toutefois particulière: jamais une absence n'avait duré aussi longtemps sans communication officielle substantielle.
Au-delà de la question sanitaire, c'est bien l'inaction du pouvoir que dénoncent de nombreux Camerounais. L'absence prolongée du président, combinée à un exécutif qui semble fonctionner sans réelle impulsion, renforce l'impression d'un État en attente, incapable de prendre les décisions que réclame le pays. Beaucoup aspirent à un changement, après des décennies de pouvoir exercé par le même homme.
Paul Biya est en effet l'un des chefs d'État les plus longtemps en fonction au monde, et sa longévité au pouvoir est devenue un sujet central du débat politique camerounais. La journaliste Indira Ayuk, correspondante de FRANCE 24 à Yaoundé, souligne que ce sentiment d'immobilisme est largement partagé dans le pays.
Reste à savoir quand Paul Biya rentrera au Cameroun et comment le pouvoir compte mettre un terme à cette polémique. Aucune date de retour n'a été annoncée officiellement, et le silence de la présidence laisse le champ libre aux hypothèses les plus diverses. En attendant, la controverse ne faiblit pas et occupe le devant de la scène politique camerounaise. La correspondante de FRANCE 24 à Yaoundé rapporte que l'attente se fait de plus en plus pesante pour une population qui réclame des réponses.



