Les électeurs démocrates du Michigan s’apprêtent à désigner leur candidat pour l’élection sénatoriale de novembre, dans une primaire tendue qui oppose l’aile progressiste du parti à son aile modérée. Le scrutin est suivi de près au niveau national: le parti espère conserver ce siège, jugé indispensable à ses ambitions de reprendre la majorité au Sénat. Le vainqueur de la primaire affrontera le républicain Mike Rogers, après le retrait du sénateur démocrate sortant, Gary Peters.

Abdul El-Sayed, médecin de 41 ans, fait figure de favori dans les sondages. Soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, il incarne la dynamique qui a déjà porté des candidats progressistes lors de récentes primaires à New York et dans le Colorado. Il affirme vouloir défendre les classes populaires face à Donald Trump, aux grands patrons, mais aussi aux dirigeants actuels du Parti démocrate et au mouvement pro-Israël. Son entourage estime que la mobilisation militante peut compenser l’absence du soutien des grands donateurs. Joseph Geevarghese, directeur exécutif de l’organisation « Our Revolution », assure avoir déjà contacté 300 000 électeurs dans le Michigan et considère qu’une dynamique comme celle d’El-Sayed « n’arrive pas par accident ».

Face à lui, Haley Stevens représente l’aile institutionnelle du Parti démocrate. Élue depuis 2019 dans la région de Détroit et ancienne conseillère de Barack Obama sur les questions automobiles, elle bénéficie du soutien de plusieurs figures de l’establishment, dont Chuck Schumer et la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. Sa campagne met en avant la réindustrialisation et sa capacité à rassembler face aux républicains. Elle affirme aussi pouvoir compter sur des électeurs qu’elle juge sous-représentés dans les sondages, notamment les Afro-Américains, les seniors et les personnes sans diplôme de l’enseignement supérieur.

La question du soutien à Israël constitue l’un des principaux sujets de fracture entre les deux candidats. Haley Stevens défend la poursuite de l’aide américaine à Israël et rejette les accusations de génocide à Gaza. Abdul El-Sayed appelle à la fin de cette aide, critique l’influence de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) et dit s’opposer à l’existence d’Israël comme un État uniquement réservé aux juifs. Dans un Michigan qui compte une importante diaspora arabe et où l’AIPAC a investi plusieurs millions de dollars dans la campagne, ce sujet pourrait peser sur le résultat.

La campagne s’est nettement durcie au fil des semaines. Abdul El-Sayed a qualifié sa rivale de « candidate la moins compétente » des États-Unis, tandis que Haley Stevens l’accuse d’utiliser « les juifs américains comme boucs émissaires de ses problèmes ». La députée Debbie Dingell a mis en garde contre la « brutalité » et les « bassesses » de cette campagne, estimant qu’elles pourraient compliquer le rassemblement des électeurs démocrates avant le scrutin de novembre.

Cette primaire illustre les tensions qui traversent le Parti démocrate, entre une gauche portée par la mobilisation militante et une aile modérée adossée à l’appareil électoral traditionnel. Mais elle montre aussi l’importance croissante de la politique étrangère dans les scrutins locaux américains. La question du soutien à Israël s’est imposée au premier plan, obligeant chaque candidat à prendre position dans un État marqué par la présence d’une importante diaspora arabe et par des investissements massifs des groupes d’influence pro-israéliens.