Trump et Musk, dix ans d’alliance impossible
De la défiance de 2016 à la proximité du pouvoir, puis à la rupture de 2025 et au rapprochement actuel, leur relation raconte une politique américaine devenue très personnelle.
Il existe des alliances politiques fondées sur une doctrine commune. Celle de Donald Trump et Elon Musk s’est surtout construite sur des moments d’intérêt partagé, puis brisée lorsque ces intérêts divergeaient. En août 2026, les deux hommes se parlent de nouveau régulièrement. Selon le Wall Street Journal, leurs échanges ont lieu environ une fois par mois et portent sur la Chine, l’intelligence artificielle et les affaires internationales. Musk prépare en parallèle au moins 100 millions de dollars pour aider les républicains à mobiliser leurs électeurs aux élections de mi-mandat.
La relation avait pourtant commencé par un refus. En novembre 2016, Musk estimait que Trump n’était pas l’homme qu’il fallait à la présidence. Après la victoire du républicain, il accepta néanmoins de rejoindre des conseils économiques de la Maison-Blanche. Il expliquait alors qu’il voulait pouvoir peser sur les décisions. En juin 2017, l’expérience prit fin: Musk démissionna après le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat.
Trois ans plus tard, Trump parlait de Musk comme d’un grand innovateur américain. En mai 2020, il soutint publiquement le patron de Tesla dans son conflit avec les autorités californiennes à propos de la réouverture de l’usine de Fremont pendant la pandémie. La proximité ne dura pas. En 2022, les deux hommes échangèrent des attaques publiques et Musk écrivit que Trump devait quitter la scène politique.
En 2023, Musk offrit même à Ron DeSantis l’espace Twitter Spaces pour lancer sa campagne présidentielle. Le gouverneur de Floride était alors présenté comme le principal rival de Trump dans la primaire républicaine. Le basculement intervint après la tentative d’assassinat contre Trump à Butler, en juillet 2024. Musk le soutint immédiatement. Un mois plus tard, il l’accueillit pour une longue conversation sur X. En octobre, il monta sur scène lors d’un meeting de Trump.
L’alliance devint ensuite financière. Musk dépensa au moins environ 250 millions de dollars pour soutenir Trump et des opérations républicaines. Après la victoire, Trump annonça le projet DOGE avec Musk et Vivek Ramaswamy. Au début du second mandat, Musk devint employé de la Maison-Blanche et conseiller principal. Une procédure judiciaire obligea toutefois l’administration à préciser sa position: il n’était pas administrateur du U.S. DOGE Service et ne détenait pas de pouvoir formel autonome pour prendre des décisions gouvernementales.
Le 11 mars 2025, la relation prit une forme presque théâtrale: des Tesla furent présentées à la Maison-Blanche et Trump déclara qu’il allait en acheter une. Le 30 mai, les deux hommes donnaient encore ensemble une conférence de presse marquant la fin de la période de service gouvernemental intensif de Musk. Six jours plus tard, tout bascula.
Musk attaqua le grand projet fiscal et budgétaire de Trump, qu’il jugeait dangereux pour la dette. Trump menaça de supprimer contrats publics et subventions liés aux entreprises de Musk. Le milliardaire soutint un appel à la destitution et menaça brièvement de retirer la capsule Dragon du service avant de revenir sur cette idée. Il publia également une affirmation non étayée à propos de Trump et de documents liés à Jeffrey Epstein, qu’il supprima ensuite. Cette publication ne constituait aucune preuve d’une implication criminelle de Trump. Le 11 juin, Musk reconnut que certains de ses messages étaient allés trop loin.
L’annonce d’un «America Party» en juillet pouvait faire croire à une rupture durable. Elle ne le fut pas. JD Vance et Susie Wiles avaient gardé des canaux ouverts. En septembre, Trump et Musk se serrèrent la main lors de l’hommage à Charlie Kirk. En novembre, Musk revint à la Maison-Blanche pour un dîner. En janvier 2026, il versa dix millions de dollars aux principales structures électorales républicaines du Congrès.
En mai, Musk voyagea avec Trump vers Pékin et fit savoir qu’il aiderait le parti aux élections de mi-mandat. La réconciliation actuelle reste cependant moins intime que l’alliance précédente. Musk dit s’être trop laissé absorber par la politique; Trump aurait confié à ses proches que la proximité d’autrefois ne reviendrait pas. Leur relation entre ainsi dans une forme plus froide et peut-être plus durable: chacun sait désormais ce que l’autre peut lui apporter, mais aussi le coût d’une rupture.
