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Cortex

16 Septembre 2026

Science

À Tchernobyl, le corium du réacteur 4 sera extrait par des robots

Le corium, matériau unique issu de la fusion du cœur du réacteur 4 de Tchernobyl, reste au centre d'un chantier d'assainissement complexe. Les scientifiques soviétiques avaient eu recours à des méthodes extrêmes pour l'étudier ; aujourd'hui, des robots doivent découper l'enceinte pour extraire cette masse radioactive.

Bastien Perrin 3 min Blog – Hackaday

Le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl demeure un lieu unique au monde. Ce qui subsiste du réacteur numéro 4 constitue le seul endroit où l'on trouve d'importantes quantités de corium, un matériau né de la fusion du combustible nucléaire, des gaines de crayons et des éléments environnants, notamment le béton. Cette substance hybride, apparue lors de l'accident de 1986, a longtemps dérouté les scientifiques soviétiques, incapables d'en prélever des échantillons par les moyens conventionnels. Certains ont même eu recours à des tirs pour en obtenir des fragments.

Le corium résulte d'un enchaînement de circonstances bien documenté. Lors de l'accident, un essai de montée en régime de la turbine, mal maîtrisé, et la désactivation de tous les dispositifs de sécurité par les opérateurs ont permis à la réaction en chaîne de s'emballer dans le cœur du réacteur. L'explosion de vapeur qui s'en est suivie a soulevé le couvercle de biosécurité du réacteur RBMK et fait fondre le cœur, qui a traversé le béton situé sous l'installation. Le « Pied de l'Éléphant », cette masse solidifiée qui a marqué les esprits, ne représente qu'une infime partie du corium total présent dans le réacteur. Sa réputation de danger mortel est largement exagérée : il s'agit en réalité de l'une des parties les moins dangereuses du corium exposé.

Avec le temps, les tentatives répétées d'échantillonnage, la dégradation interne due à la radioactivité et l'altération par les intempéries avant l'installation de l'arche de confinement ont transformé cette masse en une poussière rouillée faiblement radioactive. Ce constat nuance considérablement l'image d'un matériau uniformément létal. La question de la récupération du corium restant dans le réacteur détruit demeure toutefois entière. La stratégie envisagée aujourd'hui repose sur des robots chargés de découper les parois latérales du bâtiment du réacteur, plutôt que de tenter de progresser dans des couloirs et des escaliers dévastés. Cette approche permettrait d'extraire la majeure partie du matériau sans rencontrer les difficultés qui avaient bloqué les ingénieurs soviétiques dans les années 1980.

Le corium appartient à la catégorie des amalgames formés sous des conditions extrêmes, à l'image de la trinitite produite par un essai nucléaire américain. Ces matériaux témoignent de la violence des phénomènes physiques en jeu et de la difficulté à les appréhender. Le chantier de Tchernobyl reste ainsi un laboratoire à ciel ouvert pour les scientifiques et les ingénieurs, confrontés à un matériau dont la nature même complique toute manipulation. L'extraction du corium, étape indispensable avant un stockage définitif, s'annonce longue et techniquement délicate. Elle illustre la persistance des conséquences d'un accident survenu il y a près de quarante ans et la nécessité d'innover pour traiter un héritage industriel sans équivalent.

Bastien Perrin

Auteur

Analyste économie

Bastien Perrin couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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