La plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib s'apprête à lancer un programme de recherche scientifique reposant sur les données de santé de ses utilisateurs adultes. Ce projet, présenté comme un moyen d'« améliorer les parcours de soins grâce à l'intelligence artificielle », doit débuter au mois d'août 2026. Plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l'Homme (LDH), expriment déjà de vives critiques quant à l'utilisation de ces informations personnelles.

Ce programme s'inscrit dans les travaux du nouveau laboratoire de recherche en « IA clinique » de Doctolib, créé en partenariat avec l'Inria, l'Inserm et l'Université Paris Cité. Pendant trois ans, une doctorante et des chercheurs de ces institutions étudieront « comment des outils d'intelligence artificielle peuvent aider à mieux anticiper certains risques, à partir de l'historique médical » des patients. L'objectif est d'optimiser la prise en charge des patients en aidant les professionnels de santé à identifier des urgences potentielles ou à recommander des examens complémentaires.

Selon Nicolas Barascud, responsable de l'unité de recherche de Doctolib, ces travaux visent à développer des outils destinés aux soignants. Ils pourraient permettre d'anticiper l'évolution d'une maladie déjà diagnostiquée, de repérer un risque accru de diabète ou d'autres pathologies, ou encore d'assister les médecins confrontés à des maladies rares. Pour y parvenir, l'entreprise aura accès à des « données démographiques et de santé » jugées nécessaires, incluant les antécédents médicaux, les traitements en cours, les diagnostics, les ordonnances ainsi que les résultats d'examens et d'analyses.

Doctolib précise que ces informations seront « pseudonymisées », c'est-à-dire dissociées de l'identité des patients, et conservées pendant cinq ans au maximum. L'entreprise affirme également respecter le cadre fixé par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Les données, « chiffrées », ne seront accessibles qu'aux chercheurs dans un environnement « clos » et « sécurisé », hébergé « en Europe, auprès de partenaires de confiance », assure-t-elle.

La LDH estime néanmoins que ces informations demeurent des « données sensibles » et considère que la pseudonymisation ne garantit pas une protection totale contre une éventuelle réidentification. L'association souligne également que Doctolib héberge certaines données chez Amazon, une entreprise américaine soumise aux lois des États-Unis, ce qui pourrait poser des problèmes de souveraineté. Elle critique aussi le fait que le consentement des utilisateurs soit accordé par défaut, les recherches étant présentées comme relevant de « l'intérêt public ».

Les utilisateurs ont été informés par courriel début juillet de la mise en œuvre de ce programme. Ceux qui souhaitent s'y opposer peuvent utiliser un formulaire en ligne ou demander la suppression de leurs données auprès de Doctolib. Cette opposition doit intervenir avant le lancement de la « phase d'entraînement technique » du modèle d'IA, prévu en septembre. Doctolib insiste sur le fait que seuls des chercheurs habilités auront accès aux informations, dans un cadre strictement contrôlé, et que l'objectif final est d'améliorer la qualité des soins pour l'ensemble des patients.