Des enquêtes judiciaires et internes ont été ouvertes après deux suicides d’agents des services du Premier ministre et plusieurs tentatives de suicide au sein de cette administration, a révélé France Inter. Une fonctionnaire a déposé plainte le 25 juin après avoir tenté de mettre fin à ses jours fin avril, une démarche qui a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour harcèlement moral.
Les deux suicides sont survenus en mars dernier dans les services du Premier ministre (SPM). Deux autres agents rattachés à cette administration ont également fait des tentatives de suicide au cours des sept derniers mois. L’enquête judiciaire a été engagée après la saisine du procureur de la République par un représentant du personnel en juin. Une enquête interne a été ouverte dans la foulée, ainsi que plusieurs investigations administratives.
L’avocate Christelle Mazza, qui représente une agente ayant tenté de mettre fin à ses jours, dénonce une situation de harcèlement et des « comportements inacceptables ». Elle décrit « une perte totale de repère » chez les agents, provoquée selon elle par « un management radical » qui promeut « la concurrence entre les agents ». Ce mode de gestion, ajoute-t-elle, est accentué par l’instabilité de Matignon, où quatre Premiers ministres se sont succédé depuis la dissolution de juin 2024.
Les SPM sont l’un des rouages les plus prestigieux de l’exécutif, mais aussi l’un des plus exposés aux à-coups politiques. La rotation rapide des locataires de Matignon a pu déstabiliser les équipes et brouiller les repères hiérarchiques, alors que les agents sont censés servir le gouvernement en place, quelle que soit sa couleur politique. Pour l’avocate, ce climat de concurrence et de changement permanent a directement pesé sur la santé des agents.
Les enquêtes en cours devront déterminer si ces pratiques managériales ont joué un rôle dans les passages à l’acte et si des fautes ont été commises par l’encadrement. Elles devront également préciser les circonstances exactes des deux décès et des deux tentatives survenus en sept mois. Le parquet est désormais saisi, tandis que les procédures internes suivent leur cours.
Cette affaire relance plus largement la question de la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique. La survenue de plusieurs drames dans un laps de temps aussi court donne au sujet une résonance particulière, d’autant que les services concernés travaillent au plus près du pouvoir exécutif. Les conclusions des investigations détermineront si des sanctions ou des changements d’organisation seront nécessaires au sein des services du Premier ministre.
L’enquête préliminaire et les enquêtes internes se poursuivent. Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si ces drames aboutissent à des poursuites et à des réformes dans l’organisation du travail à Matignon.



