Huit jours après le déclenchement du gigantesque incendie qui a parcouru 42 000 hectares en Gironde, la situation s’améliore progressivement. Ce jeudi, la préfecture a autorisé 84 000 nouvelles personnes à rentrer « immédiatement » chez elles et a annoncé la réouverture de l’autoroute A63. Sont concernés les habitants de neuf communes situées du nord-ouest au sud de Bordeaux: Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean-d’Illac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin-de-Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène. Mercredi, les habitants du Haillan, d’Eysines et de Mérignac – partiellement évacués – avaient déjà été autorisés à regagner leur domicile. Au total, environ 144 000 personnes sur les 220 000 évacuées ont pu rentrer chez elles.

Mais dans les communes du bassin d’Arcachon touchées par les évacuations – Biganos, Audenge, Lanton, Andernos, Arès et Lège-Cap-Ferret –, les habitants devront encore patienter. Ces stations touristiques d’ordinaire animées en cette fin juillet offrent désormais un spectacle étrange: des rues désertes, des commerces fermés, une atmosphère de confinement qui rappelle les périodes les plus sombres de la pandémie. La maire d’Audenge, Nathalie Le Yondre, a profité de la visite de la préfète Sophie Brocas et du directeur du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de la Gironde, Marc Vermeulen, pour demander si un retour par secteurs était envisageable dès vendredi. Le directeur du Sdis a toutefois estimé qu’il était encore trop tôt: « Je propose que l’on continue à bien refroidir la zone avant de prendre toute décision. Il faut vraiment que l’on soit en sécurité. »

L’élue a donc dû se contenter d’un feu orange, les autorités l’invitant à préparer ses services en vue d’un retour prochain. « On va donc s’organiser pour préparer un retour à une vie normale », assure Nathalie Le Yondre, qui précise être en contact avec les services de l’État depuis mercredi soir. « Faire revenir les habitants, réouvrir une ville et ses services, cela demande un minimum de préparation. Il faut anticiper », explique-t-elle. Quelque 10 000 habitants d’Audenge, auxquels s’ajoutent environ 2 000 vacanciers d’un camping, ont été évacués face à la menace de l’incendie qui avait atteint la commune voisine de Lège. La maire décrit une évacuation globalement bien organisée mais traumatisante, en particulier pour les personnes âgées, les enfants et les plus fragiles: « J’ai vu arriver des gens hagards. » Une fois le retour autorisé, la municipalité prévoit un accompagnement psychologique renforcé, avec des professionnels de santé et le centre communal d’action sociale, pour atténuer le choc chez les sinistrés.

Tous les habitants n’ont pas évacué. Comme dans chaque commune concernée, une poignée d’irréductibles a choisi de rester sur place. C’est le cas de Michel (le prénom a été modifié), rencontré dans le centre d’Audenge. « Je n’ai pas voulu partir parce que j’ai des animaux, explique-t-il. Ma voisine est restée aussi. Je ne me sentais pas en danger car le feu était quand même assez loin, et les vents étant rarement vers l’ouest, je considérais que je ne risquais pas grand-chose. J’ai fermé mes volets et personne n’est venu me demander de partir. »

Plus près du front de l’incendie, le maire de Lège-Cap-Ferret, Philippe de Gonneville, se montre plus prudent. « Il y a des communes qui sont loin du front du feu, il est donc tout à fait légitime qu’elles demandent leur réouverture. Mais celles qui sont encore léchées par l’incendie doivent patienter; l’enjeu de la sécurité des personnes est crucial », insiste-t-il. Il rappelle que le feu a détruit 21 habitations sur sa commune et en a partiellement endommagé de nombreuses autres, et qu’il ne souhaite pas qu’il y en ait davantage. « Dès que le feu sera fixé, je demanderai que les habitants puissent revenir », assure-t-il. De nombreux travaux de sécurisation sont en cours sur la presqu’île du Cap Ferret, notamment la création de pare-feux.

Alors que les conditions météorologiques deviennent enfin plus clémentes, les autorités restent vigilantes. Des reprises de feu ont encore été observées ces dernières quarante-huit heures, comme mercredi à Lanton le long du bassin d’Arcachon. La priorité est désormais de permettre un retour progressif et sécurisé des habitants tout en poursuivant la lutte contre les foyers résiduels. Pour les milliers de personnes encore éloignées de leur domicile, l’attente se prolonge, mêlée d’espoir et d’appréhension face à ce qu’elles pourraient retrouver.