L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a annoncé mercredi 29 juillet une sanction pécuniaire de 200 000 euros à l'encontre de la chaîne CNews pour des propos jugés « de nature à inciter à la haine ». Cette décision vise deux séquences diffusées en juin et septembre 2025 dans l'émission « 100 % Frontières », animée par le chroniqueur Erik Tegnér, fondateur du média identitaire Frontières. La chaîne, propriété du groupe Bolloré, a indiqué qu'elle allait former un recours devant le Conseil d'État.

La première séquence incriminée portait sur les violences survenues après la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des champions. Selon l'Arcom, Erik Tegnér y a imputé ces violences aux personnes issues de l'immigration, évoquant une « dégradation de la situation sécuritaire dans l'ensemble du pays » et un « message d'intimidation » adressé à la population française. Le régulateur relève également la diffusion d'une vidéo d'Éric Zemmour, publiée sur les réseaux sociaux, sans contradiction suffisante de la part des animateurs. Le chroniqueur a par ailleurs appuyé l'utilisation du terme « barbares » pour qualifier les auteurs des violences, les présentant comme relevant d'un problème « civilisationnel ». L'Arcom a estimé que ces éléments étaient de nature à susciter des sentiments de peur et de rejet envers une partie de la population.

La seconde séquence concernait les propos d'une élue portant un voile lors d'une séance du conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean, en Belgique. Dans l'émission, les intervenants ont présenté sa tenue et son comportement comme symptomatiques d'un « grand remplacement » également à l'œuvre en France. Erik Tegnér a affirmé que « l'islam, ça reste une religion de conquête ». L'autorité de régulation a jugé que ces propos étaient « de nature à susciter des sentiments de peur et de rejet » et à « inciter à la haine et à encourager des comportements discriminatoires ».

Pour justifier le montant de l'amende, l'Arcom a invoqué « la nature et l'ampleur des manquements » ainsi que les précédentes sanctions prononcées contre CNews pour des faits similaires. La chaîne avait déjà été sanctionnée à plusieurs reprises par le passé pour des manquements à ses obligations en matière de maîtrise de l'antenne et de respect des droits de la personne. Cette récidive a conduit le régulateur à alourdir la sanction, bien que certains observateurs jugent le montant insuffisant au regard de la taille du groupe et de la gravité des faits.

Cette décision intervient dans un contexte de débat récurrent sur le rôle des médias dans la diffusion de discours clivants et sur l'efficacité des sanctions financières comme outil de régulation. CNews, souvent critiquée pour sa ligne éditoriale jugée proche de l'extrême droite, a toujours défendu sa liberté d'expression et son droit à traiter des sujets de société. La chaîne a annoncé son intention de contester la sanction devant le Conseil d'État, ce qui pourrait prolonger le processus judiciaire.

L'affaire relance également les questions sur les délais de traitement par l'Arcom. Les faits remontent à 2025 et la décision n'a été rendue qu'en juillet 2026, soit plus d'un an après. Ce délai a été critiqué par plusieurs organisations qui estiment que les sanctions doivent être plus rapides pour être dissuasives. De son côté, l'Arcom a justifié le temps nécessaire par la complexité des dossiers et la procédure contradictoire.