Aller au contenu
Cortex

9 Septembre 2026

Princepersan / Wikimedia Commons

Société

Le choc PISA rouvre en France le chantier du collège

Au-delà des scores record à la baisse, PISA 2025 met en lumière des difficultés de concentration, de climat de classe et de suivi qui replacent le collège au centre de la réforme scolaire.

Céline Girard 4 min

Le mot « classement » risque de masquer l’essentiel. PISA 2025 donne bien à la France des scores historiquement faibles en lecture et en mathématiques, mais la photographie la plus inquiétante est celle d’un âge charnière : 15 ans, après plusieurs années de collège, au moment où l’école devrait avoir consolidé la capacité à lire, raisonner et travailler de façon autonome.

Les élèves français obtiennent 458 points en mathématiques et 456 en lecture, les niveaux les plus bas observés depuis le début de PISA en 2000. En sciences, la France atteint 483 points et résiste mieux. L’évaluation a porté sur 6 501 jeunes dans 289 établissements français. À l’échelle internationale, plus de 760 000 élèves de 91 pays et économies ont été testés.

Cette baisse s’inscrit dans une dégradation plus large au sein de l’OCDE. Elle n’est donc pas le récit d’une exception française. Mais la comparaison internationale retire un alibi autant qu’elle apporte un contexte : certains systèmes réussissent à mieux préserver leurs acquis, et la France voit simultanément reculer la lecture et les mathématiques, deux compétences qui structurent presque tout le reste de la scolarité.

Le détail du profil français éclaire ce qui se joue dans la classe. En mathématiques, 64 % des élèves atteignent au moins le niveau 2 de compétence ; en lecture, ils sont 67 %. Les élèves au sommet de l’échelle ne représentent que 5 % dans chacun de ces deux domaines. Cela signifie que la question n’est pas seulement celle d’une élite scolaire moins nombreuse ou d’un groupe d’élèves très en difficulté. C’est le milieu de la distribution qui se fragilise.

Le climat d’apprentissage compte aussi. L’OCDE relève que 47 % des élèves français déclarent du bruit et du désordre dans la plupart ou dans tous leurs cours de sciences, contre 31 % en moyenne dans l’OCDE. Plus d’un tiers disent que leurs camarades n’écoutent pas ce que dit l’enseignant. Ces réponses ne mesurent pas directement la qualité de l’enseignement, mais elles renseignent sur l’environnement quotidien dans lequel un cours doit avoir lieu.

À la maison, le suivi déclaré par les adolescents recule lui aussi. En 2025, 63 % disent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils ont fait à l’école, contre 74 % trois ans plus tôt. La proportion de jeunes qui discutent chaque semaine avec leurs parents de problèmes rencontrés à l’école baisse également. Ces tendances ne permettent pas d’accuser les familles ; elles signalent plutôt un éloignement progressif entre l’expérience scolaire de l’adolescent et les adultes qui l’accompagnent.

Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a reconnu que la France aurait dû s’interroger plus tôt sur les mesures à prendre au collège. Cette phrase est importante parce qu’elle déplace le débat. Il ne s’agit plus seulement de renforcer le primaire ou de modifier les programmes du lycée, mais de regarder en face les quatre années où l’adolescent change de rythme, d’enseignants, de méthodes et de rapport à l’autorité.

Le ministère promet une stratégie de relèvement sur plusieurs années. La réussite ne se mesurera pas à une annonce spectaculaire mais à des choses très concrètes : des cours où l’on peut travailler, des textes réellement lus, des raisonnements menés jusqu’au bout et des élèves capables de demander de l’aide avant de décrocher. La prochaine édition de PISA dira si la France a commencé à inverser la courbe. Avant cela, la transformation devra se voir dans les collèges eux-mêmes.

Céline Girard

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

Encore dans « Société »

  1. 9 SeptembreJharkhand : un exorciste tué pendant un rituel, la santé mentale en arrière-plan
  2. 8 SeptembreLe Vercors, une « torte calcaire » à explorer à pied
  3. 7 SeptembreLe procès Aramburu ramène une nuit de violence au cœur de Paris
  4. 7 SeptembreZEvent 2026 s’achève sur 32 891 874 euros de dons