La formule est suffisamment frappante pour circuler seule: en Italie, des McDonald’s auraient embauché des agents africains pour éloigner d’autres Africains venus mendier ou déranger les clients. Mais l’enquête publiée par le magazine italien de MAIR Ascensio sous le titre «Guardie e mendicanti nei McDonald’s italiani» ne trouve aucune preuve d’une politique de recrutement fondée sur l’origine ethnique. Elle met en revanche au jour un phénomène bien réel: la sécurité devient visible dans certains restaurants.

À Milan, plusieurs avis de clients parlent de personnel de sécurité, de contrôle des tickets et d’accès réglementé aux toilettes. En mars 2025, un utilisateur de TripAdvisor a décrit un homme qu’il percevait comme africain et qui exigeait, selon lui, qu’une commande soit passée avant l’accès aux sanitaires. Ce témoignage renseigne sur l’expérience du client, pas sur l’identité professionnelle ou la nationalité réelle de l’homme.

D’autres avis du centre de Milan utilisent les mots de «security» ou de «bouncer» et racontent des échanges jugés agressifs. Ces récits ne sont pas des procès-verbaux, mais ils montrent à quel point la surveillance peut transformer la perception d’un lieu.

À Naples, le problème apparaît sous un angle inverse. Un client du McDonald’s de Piazza Garibaldi a affirmé en 2025 que deux agents de sécurité étaient présents, tout en se plaignant d’avoir été sollicité plusieurs fois pour donner de l’argent. La présence de vigiles ne suffit donc pas à isoler un restaurant de son environnement.

Un épisode beaucoup plus solide rappelle que ces tensions peuvent devenir dangereuses. En décembre 2017, ANSA, citant la police de Milan, a rapporté qu’un groupe décrit comme nord-africain occupait des tables et importunait des clients. Le responsable du restaurant a demandé à un agent de sécurité d’intervenir. Un client qui avait soutenu verbalement l’agent a ensuite été blessé au couteau.

En mai 2026, Frosinone a présenté une réponse plus institutionnelle. Un protocole entre la préfecture et McDonald’s prévoit davantage de vidéosurveillance, un éclairage continu des zones extérieures, une formation du personnel et une communication rapide avec les forces de l’ordre.

Plus de 90 % des restaurants sont exploités par des franchisés. Début 2026, l’entreprise évoquait plus de 800 restaurants, environ 38 000 salariés et plus de 165 entrepreneurs locaux. Un franchisé installé près d’une gare centrale peut donc mettre en place des mesures qui n’ont aucune raison d’être dans un établissement de périphérie.

McDonald’s Italia affirme dans ses propres communications vouloir promouvoir l’inclusion, l’intégrité et la sécurité. Cela ne garantit pas que chaque interaction soit bien gérée, mais cela signifie qu’une stratégie ethnique de recrutement devrait être étayée par des éléments spécifiques.

Le vrai sujet est finalement plus profond que la formule virale. Dans les grandes villes, les restaurants bon marché et ouverts longtemps deviennent des pièces semi-publiques du quotidien. À mesure que ces fonctions s’accumulent, les entreprises doivent tracer des frontières. Les agents de sécurité, les codes d’accès et les caméras sont les signes visibles de cette transformation de la vie urbaine.