Une fonctionnaire affectée aux services du premier ministre a déposé plainte pour « harcèlement moral et mise en danger de la vie d'autrui », a appris l'AFP lundi 3 août 2026. L'agente avait tenté de se suicider après avoir été progressivement privée de ses missions, écartée des réunions puis isolée dans un bureau en sous-sol, selon son avocate.
La plainte a été déposée le 25 juin. Elle a été suivie de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, qui a également été saisi d'un signalement transmis à la justice à la fin du même mois. L'enquête devra faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles la fonctionnaire a été conduite à tenter de mettre fin à ses jours et déterminer si des responsables hiérarchiques peuvent être mis en cause.
Outre la plainte de l'agente, un signalement a donc été adressé aux autorités judiciaires à la fin du mois de juin. Cette procédure permet d'alerter le parquet sur des faits susceptibles de constituer une infraction, même lorsqu'aucune partie civile ne s'est encore constituée. Dans ce dossier, les investigations portent sur la période au cours de laquelle la fonctionnaire a vu ses conditions de travail se dégrader.
Le récit de son avocate décrit une mise à l'écart progressive, qui s'est étirée dans la durée. Les missions de l'agente lui ont d'abord été retirées les unes après les autres, la privant de l'essentiel de son activité. Elle a ensuite cessé d'être conviée aux réunions, avant d'être installée dans un bureau en sous-sol. Cette relégation, à la fois fonctionnelle et géographique, a précédé de peu sa tentative de suicide.
Ce dossier intervient dans un contexte particulièrement sombre pour les services du premier ministre, également connus sous le nom de Matignon. Ces services regroupent l'ensemble des collaborateurs et personnels administratifs qui assistent le chef du gouvernement dans ses fonctions quotidiennes. Entre octobre 2025 et mars 2026, deux suicides et une tentative de suicide y ont été recensés, selon des informations transmises à la justice. La nouvelle plainte relance les interrogations sur la souffrance au travail au sein de l'administration du chef du gouvernement et sur les conditions dans lesquelles les agents de l'État exercent leurs fonctions.
La plainte vise deux qualifications pénales distinctes. Le harcèlement moral, d'une part, caractérisé par des agissements répétés qui dégradent les conditions de travail et portent atteinte aux droits, à la dignité ou à la santé physique et mentale de la personne. La mise en danger de la vie d'autrui, d'autre part, qui consiste à exposer directement une personne à un risque immédiat de mort ou de blessure grave. L'enquête préliminaire devra établir si ces éléments sont réunis dans le cas de l'agente.
L'enquête, ouverte par le parquet de Paris, se poursuit. Elle devra notamment déterminer les responsabilités de l'encadrement dans la dégradation des conditions de travail de la fonctionnaire. Selon la procédure pénale française, une enquête préliminaire peut déboucher sur plusieurs options, du classement sans suite à l'ouverture d'une information judiciaire. Ce dossier s'ajoute aux signalements récents concernant les services du premier ministre et soulève la question des conditions de travail et de la prévention du harcèlement dans la fonction publique.



