Une base de données fédérale évalue l’état des ponts américains
Le Département des transports des États-Unis met à disposition en ligne InfoBridge, un outil public qui permet de consulter l’état, l’âge et les prévisions de dégradation de milliers de ponts, alors qu’un tiers d’entre eux nécessite des réparations ou un remplacement.
Les ponts font partie du paysage quotidien, et l’on oublie souvent qu’ils exigent un entretien constant. Pour permettre au public de mesurer leur état, le Département des transports des États-Unis met à disposition une base de données accessible en ligne, InfoBridge, qui rassemble les rapports de santé d’ouvrages répartis sur l’ensemble du territoire.
Le constat qui motive cet outil est préoccupant. Aux États-Unis, l’âge moyen d’un pont atteint 44 ans, alors que beaucoup d’ouvrages ont été conçus pour une durée de service d’environ 50 ans. Un rapport de 2024 de l’American Road & Transportation Builders Association indique que 36 % des ponts américains ont besoin de réparations ou d’un remplacement, soit 221 800 structures. Parmi elles, 42 067 sont jugées en « mauvais » état, alors que, selon ce même rapport, 168,5 millions d’automobilistes les empruntent chaque jour.
Ces chiffres rappellent la place centrale des ouvrages dans la vie des communautés. Un pont relie les domiciles aux lieux de travail et aux écoles, et constitue un axe essentiel pour le transport des marchandises par camion et par train. Lorsqu’un pont doit fermer, qu’il soit en travaux ou arrivé en fin de vie, ce lien est rompu, avec des conséquences économiques et logistiques souvent lourdes. Les autorités sont donc tentées de maintenir les ouvrages en service le plus longtemps possible, au risque, si l’entretien n’est pas suffisant, d’un effondrement dont les conséquences peuvent être bien plus graves, notamment en vies humaines.
InfoBridge permet de trier les données selon de multiples critères. Les ponts sont classés selon l’état de leur tablier, de leur superstructure et de leur infrastructure, la section la moins bien notée déterminant la catégorie finale, « bon », « passable » ou « mauvais », conformément au code fédéral 23 CFR 490 Subpart D. La base est gérée par la Federal Highway Administration, dans le cadre du programme Long Term Bridge Performance, qui vise à comprendre comment ces structures évoluent sur plusieurs décennies. Elle s’adresse aux autorités fédérales et locales, mais aussi aux étudiants, aux enseignants et aux chercheurs.
Les données proviennent de sources variées, dont l’Inventaire national des ponts, des jeux de données sur les éléments des ponts, des données climatiques issues de la base MERRA-2 de la NASA, ainsi que des évaluations non destructives et des projets spécifiques sur les ponts en bois, le vieillissement de l’acier ou le béton à ultra-hautes performances.
À titre d’exemple, le pont Vincent Thomas, à Los Angeles, relie San Pedro à Terminal Island. Long de 6 060 pieds, avec une travée principale de 1 500 pieds, cet ouvrage suspendu a été construit en 1963 et figure aujourd’hui dans la catégorie « mauvais ». Les indices de santé de son tablier, de son infrastructure et de sa superstructure ont baissé ces dernières années, en particulier depuis 2019 environ. Les câbles et poutres en acier, ainsi que les colonnes en béton, montrent des signes de dégradation. Le département des transports de Californie a consacré environ 706 millions de dollars au remplacement du tablier, avant les Jeux olympiques de 2028.
La base propose également des prévisions d’état pour de nombreux ouvrages. Le pont de la 24e Rue, au-dessus du Rio Linda Creek, est actuellement jugé en « bon » état, mais son tablier et sa superstructure devraient se dégrader nettement entre 2035 et 2055, tandis que son infrastructure devrait tenir plus longtemps. Ces projections offrent aux gestionnaires une vision anticipée des travaux à programmer.
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