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Cortex

10 Septembre 2026

Technologie

LUCAS, le robot qui pratique la réanimation cardiaque

Le système LUCAS, né à Lund en Suède, automatise les compressions thoraciques lors d'un arrêt cardiaque. Les essais cliniques ne montrent pas de supériorité sur les compressions manuelles de qualité, mais l'appareil reste précieux quand le massage humain devient impraticable.

Céline Girard 6 min Blog – Hackaday

Attacher un robot au thorax d'une personne en arrêt cardiaque pour qu'il pratique à sa place des compressions thoraciques : ce n'est pas de la science-fiction, mais le quotidien de nombreux services d'urgence. Le système LUCAS, pour Lund University Cardiopulmonary Assist System, est l'un de ces dispositifs médicaux conçus pour prendre en charge le geste le plus physique et le plus déterminant de la réanimation cardio-pulmonaire.

Lorsque le cœur cesse de propulser le sang, chaque seconde compte. Les compressions thoraciques ne redémarrent pas le cœur à elles seules : elles maintiennent un flux sanguin suffisant pour que le cerveau et le muscle cardiaque continuent d'être oxygénés pendant que les secours traitent la cause de l'arrêt et utilisent, si nécessaire, un défibrillateur. Les recommandations de l'American Heart Association sont précises : cent à cent vingt compressions par minute chez l'adulte, une profondeur d'au moins cinq centimètres sans dépasser six, avec un retour complet du thorax entre chaque pression et un minimum d'interruptions.

Or ce geste est épuisant. Des travaux montrent que la profondeur des compressions commence à diminuer après seulement quatre-vingt-dix à cent vingt secondes. C'est pourquoi les équipes de réanimation alternent généralement les masseurs toutes les deux minutes. Un robot, lui, ne se fatigue pas.

Le LUCAS trouve son origine à Lund, en Suède. Ses premières versions sont entrées en usage clinique vers 2002-2003 et fonctionnaient à l'air comprimé. Les modèles ultérieurs ont remplacé ce système pneumatique par un moteur électrique alimenté par batterie. La version actuelle, le LUCAS 3, ressemble à une petite perceuse à colonne enjambant le patient : une plaque dorsale est glissée sous le torse, un cadre vient s'y verrouiller, et un piston entraîné électriquement applique une ventouse sur le sternum. À l'intérieur, le moteur actionne une courroie et une vis à billes qui font monter et descendre le piston. Les réglages d'usine sont d'environ cent deux compressions par minute pour une profondeur d'à peu près cinquante-trois millimètres chez un adulte type, mais ces paramètres sont configurables.

L'avantage le plus évident, outre l'absence de fatigue, est que l'appareil libère les mains des secouristes. Ceux-ci peuvent se consacrer à la ventilation, aux médicaments, à la défibrillation, aux accès veineux et aux dizaines d'autres tâches d'un arrêt cardiaque. Plus important encore, le dispositif continue de comprimer pendant que le patient est porté, poussé dans les couloirs ou transporté en ambulance, des situations où un massage manuel de qualité devient difficile et parfois dangereux pour le soignant.

La question qui vient naturellement est de savoir si cette régularité mécanique sauve davantage de vies. Les grands essais randomisés n'ont pas démontré de supériorité. L'essai PARAMEDIC, portant sur 4 471 patients, a relevé une survie à trente jours de 6,3 % avec LUCAS contre 6,8 % avec les compressions manuelles, un écart non statistiquement significatif. L'essai LINC, avec 2 589 patients, a trouvé une survie à quatre heures pratiquement identique, 23,6 % contre 23,7 %, sans amélioration notable des résultats neurologiques à plus long terme.

Cela ne rend pas ces machines inutiles. Le message est plus nuancé : la réanimation mécanique de haute qualité n'a pas prouvé qu'elle surpassait la réanimation manuelle de haute qualité comme solution de routine. Le Comité de liaison international sur la réanimation recommande actuellement de ne pas utiliser systématiquement la réanimation mécanique, tout en précisant qu'elle constitue une alternative raisonnable lorsque des compressions manuelles prolongées sont impraticables ou mettraient en danger le soignant.

Deux réserves subsistent. L'installation de l'appareil impose une pause : les compressions doivent brièvement cesser le temps de positionner la plaque dorsale et le mécanisme, ce qui rend l'entraînement essentiel pour limiter cette interruption. Par ailleurs, certaines études évoquent un lien possible avec davantage de lésions thoraciques internes, comme des saignements autour des poumons. De rares pannes ou coupures d'alimentation ont aussi été signalées.

Le LUCAS n'est pas seul sur ce créneau. L'AutoPulse de ZOLL adopte une approche différente : un moteur serre une large bande de répartition de charge autour du thorax plutôt qu'un piston en un point précis. Le corpuls cpr allemand revient au piston, mais avec un bras unique en porte-à-faux qui laisse une grande partie du thorax dégagée, ce qui le rend utile lors de procédures comme la cathétérisation cardiaque.

Ces appareils ne sont donc pas les robots médecins autonomes promis par la science-fiction. Mais lorsque le cœur s'arrête et qu'une machine comprime inlassablement le thorax une centaine de fois par minute pendant que l'équipe médicale travaille autour, le patient n'ira probablement pas s'en plaindre.

Céline Girard

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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