Un concertina électronique remplace les soufflets par un capteur de force
Un ingénieur américain a conçu un concertina anglo entièrement électronique, sans soufflets, dont la dynamique est simulée par un capteur de charge. Un objet de lutherie numérique qui mêle bois, PCB et clavier Cherry MX.
Le concertina, instrument emblématique de la musique folklorique européenne, connaît une version électronique inédite. Un ingénieur du nom de Xcott Craver a mis au point un concertina anglo — le modèle que l’on associe souvent aux chants de marins — qui se passe entièrement de soufflets. L’objet, présenté comme un projet de lutherie numérique, remplace la mécanique traditionnelle par un capteur de force et un microcontrôleur.
Sur un concertina classique, deux extrémités reliées par des soufflets produisent le son lorsque l’instrumentiste les écarte ou les rapproche. La manipulation de ces soufflets conditionne le volume, l’articulation et l’expression du jeu. Le modèle de Craver conserve l’apparence d’un instrument à deux caisses en bois, mais celles-ci sont fixes. Un capteur de charge, placé entre les deux parties, mesure la force exercée par les mains de l’utilisateur. Cette pression est ensuite traduite en paramètres sonores, ce qui permet de retrouver une partie de la dynamique perdue avec la disparition des soufflets.
Les touches ne sont pas des boutons de lutherie traditionnelle. Craver a utilisé des commutateurs Cherry MX, ces mécanismes que l’on trouve dans les claviers d’ordinateur, équipés de capuchons personnalisés. L’ensemble est monté sur deux circuits imprimés, un pour chaque côté de l’instrument. Un microcontrôleur Teensy 4.0 pilote le système. Pour éviter que les connecteurs ne s’arrachent lors des mouvements, une rallonge USB fait office de décharge de traction. Le résultat, visible dans une vidéo de démonstration, produit un instrument hybride, à mi-chemin entre l’objet de musique traditionnelle et le dispositif électronique.
Cette réalisation s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation numérique des instruments acoustiques. Des concertinas et des accordéons électroniquement augmentés existent déjà, mais ils conservent généralement leurs soufflets et ajoutent des capteurs ou des effets. Le projet de Craver va plus loin en supprimant la source mécanique du son et en la remplaçant par une mesure de force. La démarche rappelle celle des instruments numériques de scène, où les gestes du musicien sont traduits en signaux électriques, puis en sons synthétisés ou échantillonnés.
Le choix des composants électroniques n’est pas anodin. Les commutateurs Cherry MX, réputés pour leur robustesse et leur sensation de frappe, sont ici détournés de leur usage informatique. Les capuchons personnalisés et les deux PCB montés en vis-à-vis évoquent autant la culture du clavier mécanique que la facture instrumentale. Le Teensy 4.0, très apprécié des makers pour sa puissance et sa polyvalence, assure la conversion des signaux et la gestion du son. La rallonge USB, ajoutée comme décharge de traction, témoigne d’une attention aux détails pratiques : sans elle, les mouvements répétés de l’instrument pourraient endommager les ports de connexion.
L’intérêt de ce concertina électronique tient autant à son fonctionnement qu’à son esthétique. Le bois du châssis rappelle l’instrument traditionnel, tandis que les touches et l’électronique intégrée signalent une pratique contemporaine. Pour les musiciens, l’objet ouvre la voie à de nouvelles possibilités : modulation du son, connexion à un ordinateur, intégration dans des dispositifs scéniques. Pour les amateurs de fabrication numérique, il illustre comment des technologies issues du monde informatique — capteurs, microcontrôleurs, interrupteurs mécaniques — peuvent réinventer un instrument ancien.
Le projet ne précise pas encore s’il sera commercialisé ou s’il restera une démonstration technique. Il rejoint en tout cas une série d’expérimentations où l’électronique ne se contente pas d’amplifier un instrument acoustique, mais en redéfinit la mécanique et le geste. Le concertina, longtemps associé aux répertoires traditionnels, devient ainsi un terrain d’essai pour la lutherie de demain.
