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23 Août 2026

Vietnam Is Building Floating Bamboo Homes Before It’s Too Late

Culture

« 27 Storeys » explore la promesse utopique du logement social viennois d'Alterlaa

La réalisatrice Bianca Gleissinger retourne dans son enfance à Alterlaa, cité de logements sociaux de Vienne construite dans les années 1970, pour un documentaire qui interroge l'héritage de ce projet urbain unique.

Adrien Delorme 4 min Designboom

La réalisatrice Bianca Gleissinger signe un documentaire consacré à Alterlaa, l'un des ensembles de logements sociaux les plus emblématiques du XXe siècle. Construit dans les années 1970 à Vienne, ce complexe de tours en forme de pyramides doucement inclinées forme une véritable ville dans la ville, où les habitants peuvent nager, faire leurs courses, scolariser leurs enfants et vivre selon l'idéal utilitariste du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre ».

Dans « 27 Storeys », la cinéaste retourne sur les lieux de son enfance pour explorer les moindres recoins de ce projet conçu par l'architecte Harry Glück et fort de plus de 3 000 logements. Son enquête s'appuie d'abord sur des images d'archives montrant sa propre famille vivant dans l'un des appartements. Sur ces images granuleuses, on voit un jeune couple et ses enfants manger, jouer et profiter des promesses du bâtiment. En regardant son moi passé, la réalisatrice réfléchit aux versions d'elle-même qu'elle était censée devenir.

Le film suit un format documentaire classique, avec des entretiens soigneusement agencés, des plans panoramiques et des images de coupe. Mais ce qui distingue le travail de Gleissinger, ce sont ses plans soutenus qui frôlent l'ennui tant ils sont banals : un hall d'ascenseur, du papier peint, une femme attendant à un arrêt dans un parking souterrain. Ces scènes au ralenti donnent au spectateur l'impression de vivre dans le bâtiment depuis des décennies, comme beaucoup de ses résidents.

La réalisatrice commence par pousser la porte de certains des habitants les plus anciens d'Alterlaa. Elle rend notamment visite à Peter, qui vit dans le bâtiment depuis son ouverture dans les années 1970 et dont l'appartement est un véritable vestige esthétique de cette époque : coin petit-déjeuner en bois lamellé sombre, modèle réduit de bateau, papiers peints à grands motifs. Ensemble, ils regardent des images filmées en pellicule analogique montrant Alterlaa encore en chantier, les pyramides à moitié construites sur un terrain nu. Évoquant la vie merveilleuse qu'il a menée dans le bâtiment, Peter confie : « Je ne partirai vraiment que lorsque je serai mort. Pas volontairement. »

Au fil du documentaire, la population vieillissante d'Alterlaa apparaît clairement. La réalisatrice aborde la critique récurrente qui qualifie le complexe de l'une des maisons de retraite les plus réussies d'Autriche, mais elle la présente non comme un défaut, mais comme l'une des facettes d'une structure sociale complexe. Les clubs sociaux y sont nombreux : modélisme, jeux de cartes, photo et vidéo, timbres, tir ou poterie. Gleissinger visite même le « musée » consacré au chanteur Freddy Quinn, tenu par les parents d'une amie d'enfance.

Interrogés sur leur absence dans ces clubs, les jeunes résidents répondent que ces activités sont surtout destinées aux personnes âgées. Les plus anciens, eux, estiment que la jeunesse est trop attachée à la technologie et s'isole. Le documentaire montre aussi l'infrastructure bien huilée d'Alterlaa : tunnels, parkings, espaces verts, centres commerciaux, conseil consultatif des locataires. Le complexe fonctionne comme une société caritative dont les résidents détiennent des parts, ce qui leur donne un droit de veto sur les changements communautaires.

Pour autant, Gleissinger ne dresse pas un portrait idyllique. Elle reconnaît que tout n'est pas parfait et que la vie ne se déroule pas toujours aussi bien que les promesses du futur le laissaient espérer. Mais elle suggère que cela n'est peut-être pas la faute des infrastructures ou de l'urbanisme, mais une part inévitable de l'existence.

Adrien Delorme

Auteur

Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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