Brick, le vase en céramique qui détourne le parpaing
Le studio GANG transforme le bloc de béton en vase en céramique aux cavités ouvertes, un objet domestique qui réconcilie matériau industriel et art floral.
Un parpaing sur une table de salle à manger ? L'idée semble incongrue, et pourtant. Brick, un vase en céramique dessiné par Jaewon Yeo, Byungwook Gang et Kikang Kim, du studio GANG, reprend la silhouette du bloc de maçonnerie pour en faire un objet floral. Le corps rectangulaire conserve les cavités ouvertes du bloc d'origine, transformant ces espaces creux en autant de logements pour les tiges.
Le changement de matériau fait l'essentiel du travail. Un parpaing de béton est rugueux et destiné à s'intégrer dans un mur. En céramique, le même contour devient un objet que l'on peut poser seul dans une pièce. Les versions blanche, brun rougeâtre et bleu canard profond offrent des ambiances différentes, mais aucune ne dissimule l'origine de l'objet : on reconnaît la forme avant même de remarquer les fleurs.
Les ouvertures donnent aussi une structure aux végétaux. Au lieu de pousser une poignée de tiges dans un large goulot en espérant qu'elles se répartissent, chaque fleur dispose de sa propre place. Quelques grandes hampes peuvent s'incliner dans des directions opposées tandis que le bloc maintient leurs bases séparées. Même un petit bouquet trouve ainsi de quoi occuper tout le vase.
Posé sur une étagère, le contraste entre les arêtes droites de Brick et les tiges vagabondes devient le sujet. La céramique reste résolument rectangulaire, les fleurs se courbent à leur guise. Sur un bureau, quelques boutures suffisent à animer un coin autrement austère, sans exiger un grand bouquet. Le vase conserve une présence même une fois les fleurs fanées : les cavités rompent ce qui aurait pu être un simple rectangle, et des rainures aux extrémités préservent un autre détail de la forme familière du bloc.
Alignés en plusieurs couleurs, les Brick finissent par ressembler à une collection de matériaux de construction miniatures. Leur place est évidemment sur un meuble, pas dans un mur, et c'est précisément ce décalage qui fait l'humour du projet. On ne prête généralement aucune attention à un parpaing avant qu'il ne soit empilé avec des dizaines d'autres, dans un ouvrage qui repose sur la répétition. Brick invite à le considérer seul, à l'unité.
Sa surface céramique et ses teintes attirent l'attention sur une forme qui, d'ordinaire, se fond dans le décor. Les fleurs, elles, adoucissent les associations industrielles un peu sévères. On imagine sans peine se saisir d'un Brick après avoir rapporté quelques fleurs en vrac : il suffit de répartir les tiges entre les ouvertures, de les laisser s'installer à des angles différents, et le contour rigide du bloc fait le reste.
Rien n'a changé dans la silhouette, sinon l'échelle, la matière et l'usage. L'objet paraît pourtant très éloigné du mur qu'il aurait pu contribuer à bâtir. Cette translation d'un registre à l'autre rappelle une veine familière du design contemporain, qui consiste à extraire un élément banal de son contexte pour révéler ses qualités plastiques. Le parpaing, matériau de la répétition et de l'effacement, devient ici un objet singulier, exposé à la lumière et aux regards.
Le projet s'inscrit dans une pratique de studio où la forme industrielle est réinterprétée à petite échelle. Brick ne cherche pas à imiter le béton, mais à en conserver la mémoire tout en l'adoucissant par la céramique. Le résultat tient autant de l'objet décoratif que de la pièce d'humour visuel, et il suffit d'un bouquet modeste pour que l'ensemble trouve son équilibre.
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