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Cortex

10 Septembre 2026

Culture

Re:Concrete : des tuyaux d'égout recyclés en pavillon public à Mumbai

Le projet Re:Concrete, distingué au concours international Concrete Pavilion de Buildner, transforme des tuyaux de drainage en béton précoulé en un pavillon public démontable sur le littoral de Mumbai, explorant une seconde vie architecturale pour le béton sans passer par le concassage.

Adrien Delorme 5 min Designboom

Et si les tuyaux d'égout enterrés sous nos villes pouvaient devenir des salles de lecture, des belvédères ou des lieux de repos ? C'est la proposition du projet Re:Concrete, imaginé par les architectes Kaixin Su, Taoyu Han, Jialu Hou et Shivani Rastogi. Ce pavillon public non construit, situé sur le front de mer de Mumbai, en Inde, transforme des tuyaux de drainage en béton précoulé — des éléments habituellement enfouis sous la chaussée — en un espace civique ouvert. Le projet a reçu une mention honorable au concours international Concrete Pavilion de Buildner, qui invitait architectes et designers à repenser le potentiel architectural, environnemental et expressif du béton, l'un des matériaux de construction les plus utilisés au monde.

Le point de départ du projet est une contradiction. Le béton est apprécié pour sa solidité et sa longévité, mais les composants précoulés peuvent être rejetés, surcommandés, déclassés ou rendus obsolètes bien avant que le matériau lui-même n'atteigne la fin de sa vie utile. Ces éléments sont généralement broyés pour être transformés en granulats, ce qui efface la forme, l'énergie et le travail de fabrication déjà incorporés. Re:Concrete propose une autre voie : conserver la forme existante de ces composants et l'utiliser telle quelle comme architecture. En ramenant cette infrastructure à la surface, le pavillon rend visible un système matériel qui reste normalement caché sous la ville. Des composants conçus pour transporter l'eau deviennent des espaces de rassemblement, de repos, d'exposition et de contemplation.

Le système repose sur des sections de tuyaux standardisées d'environ 2,1 mètres de diamètre et 2,5 mètres de longueur. La démarche commence par l'identification et l'inspection de tuyaux excédentaires, rejetés ou déclassés qui restent structurellement aptes à la réutilisation. Les sections retenues sont conservées comme cylindres complets ou découpées longitudinalement en segments courbes. Ces éléments sont ensuite pivotés, appariés et assemblés à différentes hauteurs, permettant à une famille limitée de composants de générer une configuration spatiale variée. Au sol, les sections courbes servent de murs, de seuils, d'entrées encadrées et de surfaces d'assise informelles. Les cylindres surélevés forment des volumes suspendus et des puits de lumière circulaires. Les interstices entre les composants cadrent des vues vers la mer, tandis que la lumière du soleil traverse les tuyaux surélevés et se déplace sur leurs surfaces concaves au fil de la journée.

Le design assume pleinement le caractère infrastructuriel des composants récupérés. Leur diamètre reconnaissable, leur épaisseur, leurs joints, leurs bords coupés et leurs surfaces patinées restent visibles plutôt que d'être dissimulés ou traités comme des imperfections. L'identité architecturale du pavillon émerge ainsi de la répétition, de la juxtaposition et du contraste entre le poids perçu du béton et la légèreté visuelle de ses formes circulaires suspendues. L'assemblage est conçu comme modulaire, à connexions sèches et réversible. Sa configuration peut s'étendre, se réduire ou se réorganiser selon la quantité et l'état des tuyaux disponibles localement. Chaque composant peut aussi être retiré et réutilisé après démontage du pavillon. La disponibilité variable du matériau récupéré devient donc un paramètre de conception, et le projet évite de figer un nouveau ouvrage permanent en béton.

Mumbai offre un contexte spécifique à cette proposition. Le long du front de mer, les infrastructures, les remblais et la redevelopment rapide ne cessent de redessiner la relation entre la ville et la mer. Dans ce cadre, Re:Concrete fonctionne à la fois comme salle publique et comme exposition matérielle. Les visiteurs rencontrent directement les composants de construction, occupant une alternative possible à l'élimination conventionnelle des matériaux. Le projet élargit la discussion sur le béton au-delà des nouveaux mélanges et des techniques de coulage plus efficaces, pour considérer la valeur architecturale déjà contenue dans les composants existants. En transformant une infrastructure enterrée en espace civique, Re:Concrete déplace l'attention de la consommation de matériaux vers la réutilisation, conservant l'histoire physique du béton tout en lui donnant une autre fonction publique.

Adrien Delorme

Auteur

Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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