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26 Août 2026

SYFY

Culture

Tim Curry, l’élégance du grotesque de Rocky Horror à Ça, meurt à 80 ans

De Frank-N-Furter à Pennywise, Tim Curry a fait de la métamorphose, du camp et de l’inquiétante étrangeté une signature culturelle durable. L’acteur britannique est mort à 80 ans.

Anaïs Aubert 5 min

Tim Curry avait l’art de rendre l’excès précis. Un sourire pouvait devenir menace, une démarche devenir manifeste, un costume outrancier acquérir soudain l’évidence d’un uniforme. L’acteur britannique, figure de « The Rocky Horror Picture Show » et interprète de Pennywise dans l’adaptation télévisée de « Ça » en 1990, est mort à l’âge de 80 ans. TMZ a annoncé son décès mercredi, une information ensuite reprise par People et plusieurs médias américains.

Son parcours raconte une histoire singulière de la culture populaire : celle d’un acteur capable de passer du théâtre britannique aux séances de minuit, de Stephen King aux comédies familiales, puis de l’animation aux jeux vidéo, sans perdre cette voix immédiatement identifiable ni ce goût du personnage construit jusque dans le moindre détail.

Le rôle fondateur fut celui du Dr Frank-N-Furter. Curry l’incarna d’abord à Londres en 1973 dans « The Rocky Horror Show », avant de reprendre le personnage dans le film de 1975. Corset, bas résille, maquillage théâtral et diction souveraine : sa composition mélangeait glam rock, cabaret, science-fiction et provocation avec une liberté alors peu commune sur un écran grand public.

Le film eut une destinée particulière. Loin d’un succès instantané classique, il devint progressivement un rituel de cinéma de minuit. Le public vint déguisé, répondit aux répliques, rejoua les scènes et transforma la projection en performance collective. L’image de Curry s’inscrivit ainsi moins dans une mode que dans une tradition vivante, transmise de spectateur en spectateur.

Ce personnage aurait pu enfermer un acteur. Curry fit l’inverse : il utilisa son goût de la transformation pour multiplier les registres. Il fut Rooster Hannigan dans « Annie », le majordome Wadsworth dans « Clue », un responsable d’hôtel soupçonneux dans « Home Alone 2: Lost in New York ». Il apparut également dans « The Hunt for Red October », « Muppet Treasure Island » et « Scary Movie 2 ».

Avec Pennywise, il révéla une autre esthétique de l’artifice. Dans la mini-série « It » de 1990, adaptée du roman de Stephen King, le maquillage de clown semblait presque banal avant que le jeu ne le rende inquiétant. Curry pouvait faire basculer une scène par le rythme d’une phrase ou l’angle d’un regard. Cette économie de moyens a contribué à faire de sa version de Pennywise une référence durable du fantastique télévisé.

La voix comptait autant que le visage. Curry prêta son timbre à de très nombreux personnages d’animation et reçut un Daytime Emmy pour « Peter Pan and the Pirates ». Il entra aussi dans l’univers du jeu vidéo : il incarna le Premier ministre Anatoly Cherdenko dans « Command & Conquer: Red Alert 3 » et Arl Rendon Howe dans « Dragon Age: Origins ». Ces rôles ont prolongé sa présence auprès de publics qui n’avaient pas nécessairement découvert « Rocky Horror » en salle.

Sa carrière avait commencé à la fin des années 1960, notamment dans la production londonienne de « Hair » en 1968. Au fil des décennies, il obtint trois nominations aux Tony Awards et deux aux Olivier Awards, reconnaissance d’un parcours scénique que sa célébrité cinématographique a parfois éclipsé.

En 2012, un grave accident vasculaire cérébral le laissa partiellement paralysé et l’obligea à réapprendre à parler. Il poursuivit pourtant certaines activités, notamment vocales, et resta présent lors d’événements publics. En 2025, il publia ses mémoires, « Vagabond », revenant sur une vie professionnelle traversée par le théâtre, la musique, le cinéma et la télévision.

L’œuvre de Curry résiste aux catégories parce qu’elle repose moins sur un genre que sur une attitude : accepter que le bizarre puisse être beau, que le ridicule puisse devenir majestueux et qu’un méchant puisse rester en mémoire grâce à une élégance presque musicale.

À chaque génération, un nouveau rôle semble avoir servi de porte d’entrée. Le public de « Rocky Horror », les spectateurs traumatisés par Pennywise, les amateurs de « Clue » ou les joueurs de « Red Alert 3 » n’ont pas forcément découvert le même Tim Curry. Ils ont pourtant reconnu la même chose : la maîtrise d’une métamorphose qui ne cherchait jamais à devenir invisible.

Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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