Donald Trump a saisi l’afflux de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta pour défendre sa politique migratoire et attaquer ses adversaires démocrates. Vendredi, le président des États-Unis a comparé les images en provenance d’Espagne à ce qui pourrait, selon lui, advenir de son pays si la gauche revenait au pouvoir. « Si nous ne sommes pas au pouvoir, notre pays sera envahi à des niveaux qui feront passer ce qui arrive en Espagne pour de la gnognotte », a-t-il déclaré lors d’un conseil des ministres, évoquant une « invasion ».
Plus tôt, sur Fox News, il avait affirmé: « Souvenez-vous de cette image. Ce sera nous dans trois ans si le mauvais camp l’emporte », alors que les républicains préparent les élections législatives de mi-mandat. Cette prise de parole intervient après l’arrivée, jeudi et vendredi, de quelque 60 000 migrants dans l’enclave espagnole, une crise sans précédent qui a rapidement pris une dimension politique internationale.
Le vice-président J.D. Vance a également réagi sur X, estimant que « ces images en provenance d’Espagne sont un rappel malheureux des conséquences des migrations de masse et des politiques mondialistes de la gauche radicale qui ont permis l’invasion de l’Occident ». Stephen Miller, conseiller à la Maison-Blanche, a renchéri en affirmant que « les démocrates ont infligé cela à l’Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden et le referont tout de suite, mais à une échelle infiniment plus grande, s’ils obtiennent la moindre parcelle de pouvoir national ».
Le département d’État américain a lui aussi pris position, dénonçant sur X « un incident inacceptable » qui serait « la conséquence directe des efforts délibérés du gouvernement espagnol visant à permettre et à faciliter l’immigration clandestine massive vers l’Europe ». Cette rhétorique s’inscrit dans un discours partagé par plusieurs formations d’extrême droite européennes, qui ont utilisé les images de Ceuta pour appeler à un durcissement des politiques migratoires.
Pendant que ces réactions politiques se multipliaient, la situation sur le terrain évoluait rapidement. Selon le ministère espagnol de l’Intérieur, plus de 48 000 des 60 000 migrants arrivés dans l’enclave sont déjà retournés au Maroc en moins d’une journée, un chiffre confirmé en cours de journée par le gouvernement espagnol. Le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas, a souligné que cet afflux représentait l’équivalent de « 70 % de la population locale », une proportion difficile à absorber pour ce petit territoire de quelques dizaines de milliers d’habitants.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’est rendu sur place pour constater la situation et tenter de trouver une issue. Les autorités marocaines et espagnoles ont multiplié les contacts pour organiser le retour des migrants et éviter un engorgement prolongé de l’enclave, qui sert de frontière extérieure de l’Union européenne.
Aux États-Unis, la question migratoire reste un thème central pour Donald Trump. Durant la présidence de Joe Biden, les images de migrants à la frontière avec le Mexique étaient régulièrement diffusées par Fox News. Le nombre d’interpellations avait atteint jusqu’à 300 000 par mois avant de diminuer en fin de mandat démocrate, puis de tomber à des niveaux quasi nuls après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche début 2025. Cette baisse est depuis présentée par le président américain comme un résultat de sa politique migratoire, et il n’a pas manqué de l’opposer à la crise de Ceuta.
L’opposition démocrate a critiqué cette instrumentalisation, y voyant une tentative de détourner l’attention des enjeux intérieurs américains et de justifier des mesures répressives. Plusieurs observateurs ont également souligné que la plupart des migrants ayant franchi la frontière étaient déjà repartis, ce qui relativise l’ampleur réelle de la crise au moment même où Trump en faisait un argument politique.
L’épisode illustre une nouvelle fois la façon dont les images de migrations sont devenues un enjeu politique majeur, tant aux États-Unis qu’en Europe. Entre la rhétorique de la Maison-Blanche, les réactions des partis d’extrême droite européens et la réalité d’une enclave espagnole submergée pendant quelques heures, la crise de Ceuta a servi de caisse de résonance à des débats qui dépassent largement les frontières de l’Espagne.



