Les frappes russes ont fait au moins 17 morts à Kiev et dans sa région dans la nuit de mardi à mercredi, tandis qu’un drone équipé d’un engin explosif provoquait la fermeture temporaire de l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, un hub logistique majeur pour l’acheminement de matériel vers l’Ukraine. Deux événements distincts qui illustrent l’intensification du conflit, entré mercredi dans son 1 623e jour.

Selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a lancé 98 drones et 28 missiles à haute vitesse, dont des missiles balistiques, lors de cette nouvelle vague de frappes nocturnes sur la capitale et ses environs. Les défenses antiaériennes ukrainiennes affirment avoir abattu tous les drones, mais ne mentionnent aucun missile intercepté. En clair, l’Ukraine n’a pas réussi à abattre un seul missile russe, une situation qui a suscité une vive réaction du président Volodymyr Zelensky. « Des intercepteurs de missiles balistiques auraient pu sauver des vies », a-t-il déclaré, réclamant une nouvelle fois la livraison de systèmes Patriot par les alliés occidentaux. Kiev assure depuis plusieurs semaines que ces batteries sont les seuls équipements capables, avec d’autres systèmes modernes, de contrer les missiles balistiques russes avant qu’ils n’atteignent leurs cibles.

L’attaque de la nuit a touché la ville à sept endroits différents, selon les premières constatations. Des dizaines de personnes ont également été blessées, et les secours ont travaillé une grande partie de la nuit sous les alertes aériennes pour dégager les décombres. Dans l’est du pays, les autorités ukrainiennes ont par ailleurs ordonné l’évacuation de centaines de familles de Kramatorsk, une décision présentée comme « difficile mais nécessaire » face à l’intensification des combats dans la région. La ville, située à proximité de la ligne de front dans le Donbass, est régulièrement bombardée depuis le début de l’invasion à grande échelle lancée par Moscou.

À plusieurs centaines de kilomètres de là, un autre incident a retenu l’attention des observateurs. Dans la nuit de mardi à mercredi, un drone chargé d’un engin explosif a touché un avion de DHL, filiale du groupe Deutsche Post, à l’aéroport de Leipzig. Le trafic a été suspendu pendant plusieurs heures. Un engin explosif a également été retrouvé sur le tarmac, à proximité d’un appareil de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Selon plusieurs sources proches du dossier, cet avion ukrainien pourrait avoir été la véritable cible de l’attaque.

L’aéroport de Leipzig n’est pas un aéroport comme les autres. Il sert de hub stratégique pour l’Otan et pour le transit de matériel militaire et civil destiné à l’Ukraine. Des avions de l’Alliance atlantique y atterrissent régulièrement, et de nombreux équipements, médicaments et fournitures humanitaires y sont chargés à destination de Kiev. Berlin soutient activement l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe, ce qui en fait une cible potentielle aux yeux des services de renseignement occidentaux.

La question de l’origine de cette attaque divise. L’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne s’est montré très affirmatif, accusant directement la Russie et lançant « Qui d’autre aurait fait ça? ». Le ministère allemand des Affaires étrangères, de son côté, adopte un ton plus prudent. Un porte-parole a reconnu que « ces attaques permanentes de la Russie, qui sont organisées et pilotées par l’État, existent bel et bien », mais a souligné qu’il ne s’exprimait pas sur une implication russe « concernant ce cas précis ». Les enquêteurs allemands n’ont pas encore déterminé formellement l’origine du drone, et aucune revendication n’a été émise dans les heures qui ont suivi.

Ces deux événements surviennent alors que les frappes se sont intensifiées des deux côtés du front ces dernières semaines, faisant un nombre croissant de victimes civiles. La Russie multiplie les tirs de drones et de missiles contre les grandes villes ukrainiennes, tandis que l’Ukraine continue de réclamer davantage de systèmes de défense aérienne pour protéger sa population et ses infrastructures. La question des livraisons d’armements occidentaux reste au cœur des débats entre Kiev et ses alliés, chaque nouvelle frappe meurtrière relançant les appels à un soutien militaire accru.