L'Italie a décidé de suspendre pour un mois la libre circulation avec l'Espagne à partir de ce samedi 1er août, en réaction à l'afflux massif de migrants qui ont franchi la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta. Cette mesure, annoncée par le gouvernement de Giorgia Meloni, suspend l'application de l'espace Schengen entre les deux pays et marque une escalade dans la crise migratoire qui agite l'Europe.

Plus de 50 000 migrants ont rejoint Ceuta depuis le Maroc en quelques jours. D'autres évaluations font état de plus de 60 000 arrivées, par voie terrestre ou maritime, parfois à la nage ou à l'aide de simples bouées. Au moins 57 personnes sont mortes au cours de ces passages. Les retours sont toutefois déjà massifs: au moins 48 300 migrants auraient quitté l'enclave espagnole.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a dénoncé vendredi 31 juillet une « violation de l'intégrité territoriale » de l'Espagne. Accompagné du ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, il s'est rendu le long de la clôture frontalière de Tarajal, qui sépare Ceuta du Maroc, pour constater l'ampleur de la situation. Le chef du gouvernement espagnol a appelé à une réponse ferme face à une pression migratoire sans précédent.

La suspension de l'espace Schengen avec l'Espagne, décidée en raison de la crise des migrants à Ceuta, intervient en pleine campagne électorale italienne. Giorgia Meloni, leader du parti Fratelli d'Italia, droite ultraconservatrice, est à la tête du gouvernement. Concrètement, des contrôles seront rétablis aux postes-frontières entre l'Italie et l'Espagne pour une durée d'un mois.

Cette décision risque d'accroître les tensions au sein de l'Union européenne. La crise de Ceuta a déjà provoqué une onde de choc diplomatique, certains États membres réclamant une gestion plus stricte des frontières extérieures. L'éventualité d'une suspension de l'Espagne de l'espace Schengen a été évoquée, même si une telle décision paraît juridiquement complexe.

Pour l'Espagne, la situation est particulièrement délicate. L'enclave de Ceuta, située sur la côte nord de l'Afrique, est l'un des principaux points de passage des migrants tentant de rejoindre l'Europe. Les autorités espagnoles ont renforcé les contrôles, mais l'ampleur des arrivées a dépassé les capacités d'accueil habituelles. La présence de Pedro Sánchez sur place témoigne de la gravité de la crise.

Sur le terrain, un nombre important de migrants regagne le Maroc. Les retours volontaires se multiplient, ce qui pourrait permettre de désamorcer la crise à court terme. Les autorités marocaines n'ont pas officiellement communiqué sur les mesures prises pour endiguer les départs.

La crise relance également le débat sur la répartition des migrants en Europe. L'Italie, comme d'autres pays exposés, estime que les États du sud de l'Europe doivent être mieux soutenus par les institutions européennes. L'Espagne, de son côté, appelle à la solidarité communautaire et à une réponse commune face à un afflux qui dépasse les seules capacités nationales.

La décision de Rome s'ajoute aux tensions déjà suscitées par la crise de Ceuta au sein de l'Union européenne. Les prochains jours diront si la pression migratoire sur Ceuta continue de baisser ou si de nouvelles arrivées viennent relancer la tension. La question de la gestion des frontières extérieures de l'Europe reste posée.