Les États-Unis et le Japon sont intervenus ensemble sur les marchés financiers pour soutenir la valeur du yen, une première depuis vingt-huit ans. L’opération, menée vendredi, visait à enrayer la chute de la monnaie japonaise, tombée récemment à presque 164 yens pour un dollar, son niveau le plus faible depuis 1986. Selon Tokyo, il s’agit de la première intervention conjointe consistant à acheter des yens pour soutenir la devise depuis 1998.

L’ampleur de l’opération n’a pas été révélée, mais elle a été confirmée par le président américain Donald Trump. Interrogé à bord de l’avion Air Force One, il a déclaré que les États-Unis tireraient un « avantage financier » de cette décision, tout en la présentant comme « un geste d’amitié » envers le Japon. « Nous sommes très, très solides sur le plan financier. Eux, vous savez, ils ont un yen qui s’affaiblit et ils avaient besoin d’un peu d’aide. Et nous sommes toujours là pour le Japon », a-t-il expliqué à la presse.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a assuré que Washington n’hésiterait pas à participer à de nouvelles interventions conjointes pour soutenir le yen. Il s’est exprimé à l’unisson de la ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, qui a salué une action commune ayant permis de « contrer la volatilité excessive et les mouvements désordonnés du yen ces derniers mois ». Elle a également relevé les « éloges très marqués » de Washington pour les « efforts vigoureux de revitalisation et de stimulation économique » du Japon.

Le gouvernement américain « soutient fermement les mesures monétaires et de marché décisives prises par Tokyo pour corriger la sous-évaluation substantielle du yen », a commenté Scott Bessent. Il a estimé que le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi entrait dans « une nouvelle phase enthousiasmante des Abenomics », en référence aux politiques économiques de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, fondées sur l’assouplissement monétaire, la relance budgétaire massive et les réformes structurelles.

Le yen reste affaibli par les écarts de taux d’intérêt entre le Japon et les États-Unis, ainsi que par les inquiétudes suscitées par la politique budgétaire de Sanae Takaichi. Vendredi, la devise japonaise bondissait de 0,6 % face au dollar, après avoir atteint 155,23 yens pour un dollar, son niveau le plus haut depuis le début du mois de mai.

En sens inverse, les États-Unis et le Japon avaient vendu du yen en 2011 pour enrayer sa hausse, après un séisme destructeur. Cette nouvelle intervention marque un précédent dans la politique monétaire des deux pays, Washington ayant longtemps laissé Tokyo gérer seule la question du taux de change.

Un yen très affaibli est certes favorable aux grands exportateurs japonais comme Sony et Toyota, qui voient leurs produits devenir plus compétitifs à l’étranger. Mais il renchérit mécaniquement les importations du Japon, notamment celles des hydrocarbures libellés en dollars, alors que les cours du pétrole ont flambé cette année. Cette situation alimente les tensions inflationnistes persistantes dans l’archipel.

L’intervention conjointe intervient dans un contexte de fragilité économique pour le Japon, où le gouvernement cherche à la fois à soutenir la croissance et à contenir la hausse des prix. La décision de Washington de participer à une opération de soutien au yen pourrait également avoir des répercussions sur les relations commerciales entre les deux alliés, quelques mois après des discussions tendues sur les droits de douane.