L’Espagne a déclenché un vaste dispositif de renforts à Ceuta, où environ 40 000 migrants sont entrés depuis le Maroc ces derniers jours, selon une source policière. Le phénomène, qui se poursuivait encore vendredi matin, a fait au moins dix-huit morts noyés parmi les candidats à la traversée. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, doit se rendre sur place dans la matinée pour rencontrer les forces de l’ordre et les responsables régionaux.

Les arrivées concernent en majorité des jeunes hommes et des adolescents, souvent mouillés après avoir gagné l’enclave à la nage. Ces images saisissantes ont été utilisées dès jeudi par l’extrême droite européenne et américaine, ravivant un débat politique déjà très tendu sur l’immigration. Ceuta, territoire espagnol situé sur la côte nord de l’Afrique, avait déjà connu une crise similaire en 2021, lorsque des milliers de migrants avaient franchi la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles marocains, lors d’un différend diplomatique entre Rabat et Madrid.

Face à l’ampleur de l’afflux, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi de plusieurs dizaines de gardes civils et de policiers, dont huit plongeurs, un bateau et des drones. Des soldats doivent également être déployés pour garantir la sécurité du territoire. Jeudi soir, les forces marocaines avaient déjà tenté de repousser les migrants qui se rapprochaient de la route menant à l’enclave. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a assuré que Madrid et Rabat allaient mettre en œuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta ». Aucune déclaration officielle n’a, pour l’instant, été publiée par les autorités marocaines.

La crise a immédiatement pris une dimension européenne. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a proposé de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une suggestion aussitôt rejetée par Madrid, qui a convoqué l’ambassadeur d’Italie pour marquer sa protestation. La Finlande a apporté son soutien à cette idée. Sa ministre de l’Intérieur, Mari Rantanen, membre de la droite populiste finlandaise, a écrit sur X que « l’Espagne a complètement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions », ajoutant que « les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen ».

À Washington, deux hauts responsables de la Maison Blanche ont également utilisé ces images pour défendre la politique répressive de Donald Trump en matière d’immigration. En France, le gouvernement a annoncé un renforcement des contrôles à la frontière avec l’Espagne, le préfet de police Laurent Nuñez ayant pris des mesures en ce sens. Les réactions politiques françaises ont été vives: Bruno Retailleau, candidat des Républicains à la présidentielle, a estimé que « l’Espagne aujourd’hui, l’Europe demain, paient le prix de la politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol ». Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a dénoncé des « entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

Le bilan humain reste provisoire. Les secours ont recensé au moins dix-huit morts, noyés en tentant de rejoindre Ceuta par la mer, et des opérations de recherche se poursuivaient vendredi matin. Le ministère espagnol de l’Intérieur a, de son côté, évoqué un nombre de franchissements pouvant approcher les 50 000 au cours des dernières vingt-quatre heures.

Cette nouvelle poussée migratoire, la plus importante depuis 2021, s’impose au premier plan de l’agenda politique européen. L’arrivée de Pedro Sánchez à Ceuta, accompagné de son ministre de l’Intérieur, illustre l’urgence pour Madrid de reprendre la main sur une frontière qui échappe, depuis plusieurs jours, aux contrôles habituels.