Les ministres de l’Intérieur des vingt-sept pays de l’Union européenne ont tenu, mardi 4 août, une réunion d’urgence par visioconférence consacrée à l’afflux migratoire sans précédent dans l’enclave espagnole de Ceuta. À l’issue de cet échange, le commissaire européen chargé des migrations, Magnus Brunner, a jugé que la « résilience » de l’Europe avait été mise à l’épreuve par cette crise, mais qu’elle avait « réussi ce test ».
Cette réunion, organisée à la demande de vingt-deux États membres, avait pour but de coordonner la réponse européenne après l’arrivée d’au moins 72 000 personnes dans l’enclave nord-africaine au cours de la semaine précédente. Selon Madrid, environ 70 000 de ces migrants sont déjà retournés au Maroc. Le gouvernement espagnol avait auparavant communiqué un chiffre de 50 000 entrées, dont « la quasi-totalité » étaient reparties.
L’ampleur de ce franchissement de frontière a remis au premier plan les fractures politiques qui traversent l’Union européenne sur le dossier migratoire. Les tensions étaient déjà perceptibles lundi, lors d’une réunion entre ambassadeurs, où l’Espagne avait exprimé sa frustration face au « manque de solidarité » de certains partenaires, selon une source diplomatique. En retour, plusieurs capitales ont jugé que certaines décisions récentes de Madrid, en particulier son vaste programme de régularisation de sans-papiers, avaient pu donner l’impression que « les portes étaient ouvertes ».
Malgré ces divergences, la réunion s’est déroulée mardi dans un climat « constructif », a assuré le ministre espagnol de l’Intérieur. Son homologue français, Laurent Nuñez, a affirmé de son côté que « tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne ». Les Vingt-Sept ont donc tenté d’afficher une unité de façade, tout en sachant que les dossiers les plus sensibles restent ouverts.
Du côté de Bruxelles, la doctrine a nettement évolué ces derniers mois. Les États membres sont désormais autorisés à éloigner les demandeurs d’asile déboutés vers des centres situés hors des frontières de l’UE, les « hubs de retour ». Ce dispositif, poussé par une partie des Vingt-Sept, pourrait se concrétiser par de premiers accords avec des pays tiers d’ici la fin de l’année. Des discussions sont évoquées avec le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana et l’Ouzbékistan.
La crise de Ceuta a ainsi mis en lumière deux approches difficiles à concilier. D’un côté, une Espagne confrontée à une pression migratoire directe et qui attend de ses partenaires une solidarité concrète. De l’autre, plusieurs gouvernements, soutenus par la Commission, qui plaident pour une ligne plus ferme et pour l’externalisation du traitement des demandes d’asile. Ces deux logiques se sont affrontées tout au long de la semaine, sans qu’un compromis de fond ne se dessine.
Pour Magnus Brunner, l’essentiel est ailleurs. « La résilience de l’Europe a été mise à l’épreuve, mais elle a réussi ce test », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Bruxelles, à l’issue de l’échange entre ministres. Une manière de relativiser les tensions internes et de renvoyer une image d’unité, alors que l’immigration reste l’un des sujets les plus clivants pour les Vingt-Sept.



