Le gouvernement italien a provoqué une controverse en proposant d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen. Invoquant la « menace » d’une immigration clandestine liée à l’arrivée de milliers de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, il a suscité une réaction immédiate de Madrid, qui a jugé cette proposition « démagogique ».

Cette option se heurte toutefois à un obstacle juridique majeur. Aucun texte du droit de l’Union européenne ne prévoit l’exclusion d’un État membre de la zone de libre circulation. L’Italie a dit vouloir fermer l’espace Schengen à l’Espagne après que des milliers de migrants sont entrés illégalement ces derniers jours dans l’enclave de Ceuta en provenance du Maroc, mais une telle mesure n’est pas inscrite dans les traités européens.

La crise qui a motivé cette proposition est d’une ampleur inédite. Quelque 60 000 migrants ont rejoint l’enclave espagnole en quelques jours, selon les autorités locales, provoquant une crise humanitaire majeure et une brouille diplomatique entre l’Espagne et certains de ses partenaires européens. Le président du gouvernement local de Ceuta a indiqué que ce nombre représentait environ 70 % de la population de la ville, qui compte environ 80 000 habitants. « C’est comme si, en vingt-quatre heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il était « impossible d’absorber cette pression ».

Les migrants sont arrivés par la terre et par la mer depuis la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte Ceuta. Beaucoup ont franchi les hautes barrières de barbelés marquant la frontière ou les ont contournées à la nage. Parmi eux se trouvaient des personnes sachant à peine nager, équipées de bouées, en pleine nuit. Au moins trente-quatre migrants sont morts, dont dix-huit noyés lors de la traversée, selon le bilan disponible.

Il s’agit majoritairement de jeunes hommes et d’adolescents marocains. Vendredi matin, des milliers d’entre eux étaient encore réunis sur les plages de Ceuta, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous le regard de nombreux membres des forces de l’ordre. Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que 25 000 migrants avaient déjà quitté l’enclave vendredi en milieu de journée.

Cette ruée soudaine fait suite à des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a évoqué « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et accusé des « mafias » d’être à l’origine de ces rumeurs. Madrid a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de gardes civils et de policiers, dont huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.

Située à la pointe nord du Maroc, au bord du détroit de Gibraltar, Ceuta est l’un des deux points de passage terrestres entre l’Afrique et l’Europe avec l’enclave de Melilla. Cette position en fait une porte d’entrée majeure pour les migrations entre les deux continents et un sujet de tension récurrent dans les relations entre Madrid et Rabat.

La proposition italienne intervient alors que l’Espagne est déjà critiquée par certains pays pour sa politique migratoire. Plusieurs pays européens ont réagi à l’exode observé à Ceuta. L’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen apparaît toutefois difficilement réalisable, aucun texte européen ne prévoyant une telle décision.